2 posts tagged “stanley kubrick”
En avril 1968, Stanley Kubrick révolutionnait le monde du
cinéma de science-fiction et donnait une vision de ce que pouvait être le futur
des vols interplanétaires.
« Après avoir vu 2001, je suis allé deux fois dans
l’espace ! ». L’homme qui prononça ses mots n’est autre
que le cosmonaute Alexeï Leonov lors de la conférence de Vienne en 1968 sur
l’usage pacifique de l’Espace. A cette époque, Stanley Kubrick vient de passer
près de trois années à la conception d’un film qui est aujourd’hui considéré
comme étant l’un des plus grands chefs d’œuvre du Septième art. Il est étonnant
que quarante années après sa sortie, 2001 l’Odyssée de l’espace reste
encore et toujours d’actualité de part ses thématiques, notamment le contact
avec une intelligence extraterrestre. Sa vision de l’exploration spatiale était
certes très optimiste notamment avec la base lunaire capable d’accueillir des
centaines de personnes. Il faut dire qu’à l’époque nous sommes en pleine
période de compétition lunaire. De plus, les morceaux de bravoures du film sont
légion et on pourrait disserter des heures dessus mais comment ne pas rester
insensible face à la beauté des images. De l’inquiétante découverte du
monolithe en Afrique, à la navette Orion nous entraînant dans les flots
du Beau Danube Bleu. Sans oublier Frank Poole qui fait son jogging dans la
centrifugeuse du Discovery (et sera ensuite éliminé par l’ordinateur Hal-9000).
Coïncidence, les astronautes de Skylab reproduiront une scène similaire
à celle de Frank Poole à bord de leur station spatiale. Ce qui ne manquera pas
d’interpeller Arthur C.Clarke, co-scénariste du film.
Un côté définitivement réaliste
Outre son aspect visuel, ce qui aura le plus marqué, c’est le côté totalement réaliste (absence de bruit dans l’espace, durée des voyages, design des vaisseaux, etc…). Mais surtout, Kubrick et Clarke ont montré que les voyages dans l’espace pouvaient être ennuyeux pour les passagers d’un astronef interplanétaire. Mais qu’importe, il est étonnant de voir que certains décors conceptualisés par Harry K. Lange et Fred Ordway ont résisté aux années. Précisons que les deux hommes travaillaient auparavant pour la NASA. C’est particulièrement vrai pour le Discovery qui rallie Jupiter et ses lunes afin d’aller à la rencontre de cet inquiétant monolithe. Il est cependant évident que certains détails comme les costumes des hôtesses du vaisseau faisant la navette entre la Terre et la Lune sont typiquement années 60 mais 2001 (l’année n’est aujourd’hui plus valable mais il fallait un point de référence temporel) décrit de manière presque réelle le futur de l’exploration spatiale. Quelque part, les coursives du Discovery rappellent un peu celles de l’ISS. C’est peut-être là l’une des plus grande réussite du film. La réalité finit toujours par rattraper la fiction.
Antoine Meunier
Photos : Warner
Contacts
http://lachroniquespatiale.vox.com
ajmeunier@club-internet.fr
Tél.06 14 92 55 06
Celui qui imaginé 2001 L’odyssée de l’Espace est décédé mardi à l’âge de 90 ans à Colombo, capitale du Sri Lanka, sa terre d’adoption depuis plus d’un demi-siècle.
Vers la fin des années 20, de drôles d’histoires sont imprimées aux Etats-Unis et au Royaume-Uni sur du papier bon marché, dans des magazines baptisés Pulps. Intrigué par le manque de réalisme de certains scénarios, un jeune lecteur n’hésite pas à écrire aux rédacteurs en chefs pour leur démontrer le manque de réalisme des histoires contées dans leurs revues. « Faites donc mieux si vous pouvez », lui répondront certains d’entre eux et c’est exactement ce que le jeune Arthur va commencer à faire. Dès son plus jeune âge, il développe un goût prononcé pour les sciences puisqu’il construit son premier télescope alors qu’il n’a que treize ans. Neuf ans plus tard, en 1939, il publie son tout premier article professionnel, « Nous pouvons atteindre la Lune en fusée maintenant ». Mais la guerre va mettre un terme (provisoire) à sa volonté de publier des articles et des histoires de fiction. Il s’engage dans la RAF en tant qu’officier radar avec le grade de Flight Lieutenant. En 1945, il comprend l’intérêt que peuvent apporter les fusées pour les relais géostationnaires. « Extra-terrestrial, Relays Can Rocket Stations Give World-wide Radio Coverage? paraît dans livraison d’octobre 1945 du magazine Wireless World et lui vaut la médaille d’or de l’Institut Franklin.
« Si j’avais fait breveté mon idée, j’aurais gagné des milliards », plaisantait-il. C’est fort probable car on ne compte plus les satellites installés sur ce qu’on appelle aujourd’hui communément l’orbite de Clarke. Côté fiction, il publie des romans et ses premières nouvelles. En 1948, lors d’un concours organisé par la BBC, il écrit une nouvelle de 4000 mots intitulée La Sentinelle. Ce récit ne sera finalement publié que trois ans plus tard dans l’unique numéro de 10 Story Fantasy.
Premiers sur la Lune
Après avoir publié plusieurs ouvrages de vulgarisation, Interplanetary Flight (1950) ou encore The Exploration of Space (1951), Clarke publie également des romans. Viennent Chilhoold’s End (1954) et le très bon The City and the Stars (1956) qui décrit l’Humanité dans un milliard d’années. Attentif aux progrès technologiques, il se demande lui-même si son concept d’orbite géostationnaire n’est pas la boite de Pandore. Il se met lui met en scène avec un humour « so british » dans une nouvelle restée célèbre, I remember Babylone (1956). La décadence ne nous guette-t-elle pas ? Et puis en 1964, un jeune réalisateur de 35 ans vient le trouver pour lui demander s’il n’a pas quelques idées pour réaliser « le légendaire bon film de science-fiction ». Stanley Kubrick lui achète plusieurs nouvelles dont The Sentinel. Le reste appartient désormais à l’histoire. Clarke est désormais reconnu comme étant l’autorité en matière d’espace. Le 20 juillet 1969, il assure le direct avec le célèbre commentateur Walter Cronkite pour la retransmission de l’alunissage d’Armstrong et d’Aldrin. L’année suivante, un ouvrage intitulé First on the Moon paraît. Il assurera encore le commentaire de deux autres missions lunaires dont Apollo 15.
L’enfant des étoiles
S’il vient d’accéder à une renommée mondiale, il reste aussi attentif aux idées avant-gardistes que proposent ses confrères étrangers. La plus célèbre reste celle de l’Ascenseur spatial qu’il a défendu, aussi bien dans des publications scientifiques qu’à travers ses romans. Pour lui, il s’agissait de l’alternative probable aux lancements de fusées et de véhicules habités à travers le système solaire. Une invention fantastique régulièrement étudiée par la Nasa. Avec la disparition d’Arthur C. Clarke, se referme l’âge d’or de la science-fiction et celui des débuts de la conquête spatiale. Anobli par le prince Charles en 1997 "pour services rendus à la littérature", L’un de ses derniers souhaits était de voir prouvé l’existence d’une vie extraterrestre, ce ne sera malheureusement pas le cas. Alors peut-être qu’à l’image de son personnage de 2001, l’astronaute David Bowman, voyage-t-il désormais à la rencontre des merveilles de l’Univers. Bon voyage Sir Arthur !
Antoine Meunier
Photos : DR / AFP
Contacts
http://lachroniquespatiale.vox.com
ajmeunier@club-internet.fr
Tél.06 14 92 55 06
Note
Un article consacré à Arthur C.Clarke paraitra dans le numéro 37 d'Espace Magazine le 17 avril prochain