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Le tourisme spatial semble faire son chemin en France. D’après un article du Parisien daté du 31 mars, 10 000 personnes se seraient connectées sur le site de voyageursdanslespace.com pour une demande de renseignements.
A ceux qui avaient des doutes après l’accident survenu l’été dans les locaux de Scaled Composites, voici déjà une première réponse. Aller dans l’espace semble attirer de plus en plus de monde et la petite entreprise, montée par Richard Branson et Burt Rutan, pourrait bien ne pas connaître la crise. Rappelons en effet qu’en janvier dernier, lors de la présentation des maquettes du Space Ship two (cf. LCS N°86) et de son avion porteur le White Knigt Two, Richard Branson avait annoncé que 85 000 personnes se disaient intéressées par un vol suborbital à bord d’un appareil de Virgin Galactic. Dans l’Hexagone, les personnes désireuses de connaître le grand frisson de l’apesanteur peuvent donc le faire via le site Voyageurdanslespace.com, émanation de Voyageurs du Monde et contractant officiel de Virgin Galactic depuis juillet 2007. Mais à ce jour, deux français ont aujourd’hui déposé un acompte de 20 000 euros pour un billet d’une valeur totale de 150 000 euros. Pour les autres, il s’agit simplement juste d’une demande d’informations précise l’article du Parisien.
500 passagers par an
Il apparaît tout de même que l’espace fait encore rêver et c’est une bonne chose. Le facteur curiosité n’y est sans doute pas étranger et il y a donc plus de personnes que l’on imagine prêt à tenter ce grand bond. A ce stade, deux acteurs pourraient jouer un rôle de premier plan : Virgin Galactic bien entendu mais aussi EADS Astrium qui a dévoilé son projet d’avion-fusée l’an dernier, un peu avant le Bourget. Les billets de son appareil, pour un vol d’une heure et demie, atteindraient également 150 000 euros.
Pour sa part, la société de Richard Branson escompte bien faire baisser le prix du ticket dans les années à venir. Rappelons qu’en janvier, le milliardaire britannique avait annoncé un chiffre de 85 000 personnes intéressées par un vol avec quatre minutes d’apesanteur à la clé. A terme, son objectif serait de faire voler 500 personnes (qui en ont les moyens) tous les ans à bord du Space Ship Two. L’avion peut transporter six passagers et deux pilotes, cela représenterait donc environ une moyenne de 80 vols chaque année. Toutefois, comme nous l’avions évoqué au mois de janvier, l’étude menée par le cabinet Futron fait aujourd’hui état d’un marché potentiel de 13 à 14 000 « touristes » spatiaux. Le plus dur sera d’atteindre le seuil de rentabilité mais il y a deux mois, Virgin Galactic a indiqué que 200 personnes auraient réservé leur billet pour un vol en 2010, année officielle de lancement des vols de la compagnie. Il y aura certainement des désistements mais il y aura surement d’autres prises de commande. Si tel est le cas, Virgin Galactic devrait donc voir ses avions effectuer des sauts de puces chaque semaine hors de l’atmosphère. Et il n’est pas impossible que l’on retrouve régulièrement des passagers français dans ses appareils. Reste maintenant à Astrium d’emboîter le pas
Antoine Meunier
Sources : www.voyageursdanslespace.com, Le Parisien (31/03/08) / www.futron.com
Photos : Virgin Galactic /Antoine Meunier
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Au début du siècle dernier, les frères Wright réussissent à faire voler une machine dont les hommes commençaient à entrevoir les possibilités. L’Homme réalise le vieux rêve d’Icare : voler.
En 1909, Louis Blériot réussit la première traversée de la Manche, performance extraordinaire pour l’époque qui prouve qu’un avion peut voler sur de longues distances. Au cours des premières décennies de l’aéronautique, les premiers engins volants sont conçus en bois et en toile et la propulsion est fournie par des moteurs à explosion, du moins pour celui des frères Wright. La technologie s’améliore et la propulsion à réaction apparaît juste avant la Seconde guerre mondiale. Le bois a cédé la place au métal (l’aluminium) et en octobre 1947 le mur du son est franchi et permet d’ouvrir de nouvelles voies, principalement pour l’aéronautique militaire. Désormais, les distances sont définitivement raccourcies dans leur durée.
Cependant, la démocratisation de l’aviation ne s’est pas faite en cinquante ans. En effet, rares étaient ceux qui pouvaient se payer un Paris-Londres au lendemain de la Première guerre mondiale dans des avions de bombardement inconfortables et reconvertis en avions capables de transporter quelques passagers dans des conditions spartiates. Ils étaient un peu plus nombreux dans les années 30 parce que les premières compagnies aériennes, fondées au début du siècle, se sont structurées peu à peu structurées pour transporter des passagers. Mais l’avion restait réservé à une classe de privilégiés. Et puis la traversée de l’Atlantique par Lindbergh a démontré que franchir une très grande distance était possible…avec un avion bourré d’essence. Nous étions alors en 1927. Maintenant, après avoir atteint les airs, on tente désormais d’atteindre l’espace avec de nouvelles machines, aussi simples que l’était l’avion des frères Wright, en leurs temps.
Vers une nouvelle frontière
Bien qu’aujourd’hui l’espace reste encore réservé aux grandes agences gouvernementales de quelques pays, de petits investisseurs se lancent dans une tentative, un peu folle il faut bien le dire, de lancer un véhicule capable d’effectuer un vol suborbital au-delà de 100 kilomètres d’altitude. Ce fut le cas lors du Ansari X-Prize lancé en 1996 par Peter Diamandis, qui a vu la réussite du Space Ship One de Burt Rutan de la société Scaled Composites. En octobre 2004, le SS1 a volé à trois reprises au-dessus des 100 kilomètres d’altitude qui marque l’entrée dans le domaine astronautique. Rutan a remporté la compétition et le prix de dix millions de dollars. Le principe utilisé pour cette performance : un avion porteur (le White Knight) volant à 16 000 mètres, a largué le petit appareil qui a tutoyé l’espace à deux reprises. L’aérolargage n’a rien de neuf puisqu’il est hérité des vols de l’avion-fusée X-15. Ce célèbre appareil fut notamment piloté par un certain Neil Armstrong…
Aujourd’hui, la voie semble ouverte pour un tourisme de très grand luxe à 200 000 dollars le billet d’ici deux ans. C’est ce qu’indique une étude faite par le très sérieux cabinet d’étude Futron qui table sur 15 000 personnes d’ici 2020, prêtes à débourser les 200 000 dollars nécessaires pour connaître quelques minutes d’apesanteur. Toutefois, une récente réévaluation situe le marché à 13 000 clients potentiels.
Trois minute d’apesanteur
Premier acteur à se lancer dans les vols suborbitaux : Virgin Galactic, la compagnie fondée par le milliardaire Britannique Richard Branson qui a commandé cinq Space Ship Two à Burt Rutan pour emmener six passagers et un pilote à 100 kilomètres pour découvrir l’horizon lointain. Mais d’autres acteurs pourront jouer un rôle de premier plan au cours des prochaines années. Il suffit d’avoir un projet réaliste et rationnel. On peut citer celui de la firme Astrium*, dévoilé quelques jours avant le Salon du Bourget 2007. Il se présente sous la forme d’un biréacteur d’affaires capable d’emmener quatre personnes et un pilote qui, une fois à 12 000 mètres met à feu sa propulsion fusée (mélange LOX-méthane) et fonctionne pendant 80 secondes. Une fois à 60 kilomètres d’altitude, l’avion continue sur sa lancée jusqu’à 100 kilomètres grâce à l’inertie du véhicule. Ses sièges en hamacs peuvent offrir les meilleures conditions de sécurité aux passagers. De son côté, la société Rocketplane Kistler propose un projet similaire sur la base d’un Learjet. Le carburant utilisé sera un mélange kérosène – oxygène liquide. Il s’agit là d’une solution parfaitement éprouvée, puisqu’elle servait déjà pour la propulsion du premier étage de la fusée lunaire Saturn V. L’intérêt de ce type d’appareil est ici : l’utilisation de technologies déjà existantes qui ont fait leurs preuves dans le passé ou bien qui ont connu un début de développement. Nul besoin de tenter une rupture avec le passé comme ce fut le cas avec le X-33, tentative pour créer un SSTO (Single Stage to Orbit) mais qui devait servir de démonstrateur pour construire une navette capable de rallier l’ISS (et l’orbite basse), le Venture Star. Mais là n’est pas le propos
Pas encore de législation en Europe
Il est sur que pour les dix prochaines années (au moins), il n’y aura que quelques privilégiés susceptibles de s’offrir un voyage aux limites de l’atmosphère. Selon le site de Virgin Galactic, ils sont déjà 150 à avoir réservé leur billet pour trois à quatre minutes d’apesanteur. Mais le marché pourra sans doute s’élargir. Il faut également considérer les autres applications que ces nouveaux appareils sont susceptibles d’offrir : possibilité de réaliser une expérience scientifique voir même d’habituer les futurs astronautes au vol spatial sur une durée plus longue qu’une parabole de vingt ou trente seconde. Les sceptiques argueront qu’un tel marché n’est pas viable et qu’il présente des risques pour les passagers et que ledit marché s’effondrera de lui-même. Une telle opinion n’est pas raisonnable. Pourquoi ? Parce qu’il existe déjà une certaine forme de tourisme spatial depuis plusieurs années. Ainsi, la société Space Adventures[1] propose à ses clients depuis plusieurs années des vols en zéro G. On trouve des noms célèbres de sociétés clientes sur le site Internet de la firme. Ainsi, la très sérieuse société Oracle a lancé un concours mondial pour réserver trois sièges sur un vol suborbital.
Les vols zéro G sont la première application du tourisme spatial, les vols suborbitaux sont la seconde et ils devraient éclore dans les dix prochaines années. D’ailleurs, l’opérateur touristique français Voyageurs du Monde a été officiellement mandaté par Virgin Galactic pour être son représentant en France. Preuve en est que le tourisme spatial n’est pas qu’un simple effet de mode. Mais il faudra encore combler le vide juridique qui existe en Europe, ce qui a déjà été fait par Virgin Galactic auprès de la FAA aux Etats-Unis (l’équivalent de la DGAC en France). Une réglementation a été adoptée le 17 février dernier. Toutefois, l’Astronaute Club Européen, Association créée par Jean-Pierre Haigneré qui étudie également un projet suborbital (le Véhicule Suborbital Habité ou VSH) a réuni une trentaine de juristes afin de plancher sur le sujet, en avril dernier. Leurs travaux pourraient donc servir de point départ pour une future réglementation européenne.
Vers l’espace grand public ?
Cinquante ans après le lancement du Spoutnik, le rêve de l’espace semble renaître mais sous une forme plus rationnelle. Ce n’est pas en brûlant les étapes que l’on ouvrira l’espace au plus grand nombre mais en progressant pas à pas comme les pionniers de l’aviation. Si pour l’instant, seule Scaled Composites a fait voler son avion, on retiendra les projets de Jeff Bezos et de sa capsule New Shepard, celui de la société Prodea (en collaboration avec Roscomos et la famille Ansari). Il s’agit d’un véhicule aéroporté lancé depuis un M-55. Il y aussi celui de Benson Space Company qui propose un engin à décollage vertical sur la base d’un X-34 capable d’emmener deux passagers et un pilote. Et bien sur il y a les projets de Kistler Rocketplane, de l’Astronaute Club Européen et d’Astrium. Il serait illusoire de penser que tous ses projets verront le jour car c’est avant tout la solution la plus fiable et la plus sur pour les passagers qui aura le plus de chance de fonctionner. A terme, pour rentabiliser ce marché naissant, il faudra proposer des activités supplémentaires, notamment de type hôtellerie, aux futurs « astro-touristes ».
En conclusion
Ces nouveaux lanceurs ouvrent donc probablement une nouvelle voie pour le secteur spatial et qui peut dire où en sera la technologie d’ici la fin de la prochaine décennie. Toutefois, le rêve secret des industriels qui lancent ces nouveaux projet est l’accès à l’orbite mais c’est encore prématuré pour en parler. Laissons d’abord nos cinq touristes, pardon, nos Space Flight Participants, évoquer leurs impressions de leur séjour à bord de l’ISS.
Antoine Meunier
Sources
www.avions.legendaires.free.fr
Photos : Antoine Meunier/ www.rocketplane.com/ www.nasa.gov
Contacts
http://lachroniquespatiale.vox.com
Tél. 06 14 92 55 06
* Dossier sur le sujet dans le prochain Espace Magazine (parution le 31/08/07)
[1] Rappelons que Space Adventures est également à l’origine du vol du dernier Space Flight Participant, Charles Sminonyi sur l’ISS. Ce dernier a déboursé a 25 millions de dollars afin de séjourner une semaine sur l’ISS.