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Le 16 juin dernier, l’A300 Zéro G de Novespace, filiale du CNES, a effectué un vol de démonstration avec pour la première fois à bord une jeune enseignante de 24 ans, gagnante du concours RTL réalisé en partenariat avec le CNES. Jean-François Clervoy, PDG de Novespace et astronaute de l’ESA, évoque pour LCS les futures possibilités de vols paraboliques pour le grand public.
La Chronique Spatiale : Comment s’est passé le vol du 16 juin ?
Jean-François Clervoy : Vraiment très bien. Novespace et le CNES ont travaillé d’arrache-pied sur le plan logistique. L’un des challenges était d’arriver à faire rentrer les passagers avant l’ouverture du Bourget 2009 grâce au Musée de l’Air. Il fallait que nous commencions le briefing de sécurité dès 8h30 pour que dès 9h30 tout le monde ait sa combinaison et que tous ceux qui souhaitaient prendre un médicament contre le mal de l’air puissent en disposer. Nous avons finalement décollé comme prévu à 10h30.
Rappelez-nous la finalité de ce vol ?
C’était un vol scientifique incluant des expériences de physique et de recherche biomédicale à bord. La présence de l’auditrice de RTL n’était pas l’objectif principal du vol. Mais Il y avait aussi des parlementaires ainsi que des chefs d’agences spatiales (France, Allemagne et Suède). Il y avait également des représentants de la Commission européenne, des représentants des Bureaux Espace de pays membres de l’Union Européenne. Les conseillers Espace du Ministère de la recherche et de l’Elysée nous accompagnaient aussi. Et puis, pour ce vol, le CNES a décidé d’inviter quelques médias dont RTL qui y avait une place privilégiée en ayant l’autorisation exceptionnelle et unique de faire voler une personne qui n’a rien à voir avec le spatial qui était une auditrice sélectionnée sur concours. Je faisais partie du jury final et de plus de 700 réponses correctes sur Internet, nous sommes descendus à une trentaine. Puis de cette trentaine à cinq et de cinq à deux qui ont été sélectionnés en fonction de leur lettre de motivation. Sur les deux, il y avait un titulaire et un back-up.
Comment est née cette idée d’offrir à une personne du grand public une telle opportunité ?
Jusqu’à présent, dans toutes les campagnes de vol paraboliques que nous faisons nous avons en moyenne un représentant de média par vol que ce soit pour le CNES, l’ESA comme le DLR*. C’est afin de pouvoir documenter d’une part et de faire du reporting d’autre part, sur le travail de recherche promues par ces agences qui financent elles-mêmes cette recherche sur fonds publics. C’est-à-dire que le CNES, l’ESA, le DLR, qui sont nos principaux clients, commandent une campagne de vols avec un préavis de 6 à 8 mois. Après, ils invitent pour ces vols les scientifiques qui font les meilleures propositions d’utilisation de l’apesanteur en vol parabolique. C’est en général aux scientifiques de développer sur leurs propres budgets leur matériel expérimental et pour la plupart de payer leur déplacement à Bordeaux ou à Cologne quand les vols ont lieu là-bas mais ils ont une place gratuite à bord. En général, sur les 40 places disponibles pour les passagers utilisateurs, une ou deux sont réservées à un journaliste et cela permet de faire parler de l’espace. Et cela se fait dans tous les vols. Sur ce vol particulier, le CNES a eu l’idée d’un partenariat avec RTL dont l’idée était de faire voler un auditeur comme témoin issu du grand public, pour lequel une autorisation spéciale serait nécessaire. Car cela n’est pas autorisé par la réglementation actuelle. Celle-ci permet aujourd’hui, dans un cadre déjà très particulier de réaliser les vols scientifiques avec quelques observateurs ayant des responsabilités spatiales ou médiatiques. Ici, le CNES a pensé que cela donnerait encore plus de visibilité au programme spatial avec un concours radio.
C’est effectivement une authentique première dans l’histoire du CNES ?
Oui mais c’est une première et une dernière ! Nous avons eu une autorisation exceptionnelle pour ce vol pour une seule personne civile et spécifiquement dans le cadre du salon de l’aéronautique du Bourget. Les vols que nous ferons plus tard ouverts au grand public, j’espère que nous y arriverons assez rapidement, devraient se faire sous un autre format.
Justement, au cours des présentations en vol des Airbus, Bernard Chabert (speaker du Salon du Bourget) a indiqué la possibilité de vols paraboliques pour l’an prochain. Est-ce que vous confirmez ?
En fait, c’est ce que nous espérons mais cela n’est pas confirmé. Nous devons convaincre les autorités sur le plan technique et organisationnel. Les dossiers sont en cours et, on pense pouvoir y arriver dans un délai raisonnable de quelques mois. Mais tant que les autorisations formelles ne sont pas données, ces vols ne seront pas possibles.
Dans quelles conditions ?
Il y a plusieurs options que nous étudions. Il y a par exemple la voie associative qui fait que les vols se feraient dans un cadre privé mais qui auraient tout de même besoin de l’aval de la DGAC** à laquelle nous devons démontrer que techniquement nous sommes fiables et surs. C’est d’ailleurs le dossier sur lequel nous travaillons. Nous en sommes à la quatrième réunion de travail maintenant. A chaque fois, nous progressons. La prochaine rencontre avec la DGAC est en juillet et ce qu’ils nous ont demandé, ce n’est pas une certification, qui serait hors de portée et demanderait plusieurs années et des centaines d’heures de vol. Ils nous demandent de leur démontrer que les différences d’une part entre l’avion de Novespace et l’avion de base A300 sont bien comprises et n’augmentent pas le risque par rapport à l’avion certifié de base, et d’autre part, entre le vol de ligne et le vol parabolique ne conduisent pas non plus à un risque inacceptable. Nous travaillons d’ailleurs conjointement avec la DGAC et le Centre d’Essais en Vol (CEV) sur ces aspects techniques, réglementaires, d’exploitation et d’organisation dont l’objectif est d’aboutir à faire quelques vols par an ouverts au grand public.
Avez-vous une idée du nombre de vols qu’il est possible de faire par an ?
Jusqu’à dix par an maximum dont certains seraient des vols « mécènes » financés par des agences spatiales un peu comme des journées « portes ouvertes » de laboratoire. Le CNES a déjà manifesté son intention de commander quelques vols dans l’année pour lesquels il inviterait des gagnants de concours sur son site Internet. Je ne connais pas encore la forme de concours envisagée mais ces personnes ne payeraient que quelques centaines d’euros alors que les autres vols, par contre, seraient au tarif « fort » (environ 5000 euros). Les vols CNES seraient destinés à la promotion du CNES, à la recherche spatiale, à faire connaître le spatial au grand public. Les quelques vols purement public au tarif fort seraient plutôt pour évaluer le marché avant que l’on investisse dans un nouvel avion et une activité plus soutenue de vols réguliers de baptêmes de l’air en apesanteur.
Une manière donc d’amener le public à l’espace ?
Oui. Le vol parabolique, c’est une manière de comprendre l’espace avec son propre corps. Si l’on explique sur papier ou photo ou par sa propre expérience c’est à distance. Je me rends compte que les gens ont beaucoup d’idées fausses sur le spatial car ils considèrent que c’est un domaine intouchable pour des experts qui vivent dans une autre sphère de la société. Sur une voiture, vous pouvez communiquer plus facilement car vous pouvez allez au Salon de l’automobile et la toucher, vous asseoir dedans. Alors qu’il n’y a que quelques milliers de personnes en Europe qui peuvent voir un satellite dans une salle blanche ou bien qui assistent à un décollage. L’espace on ne le touche pas, on ne sent pas son odeur, on ne l’entend pas. Alors que les vols paraboliques, c’est une façon concrète de le toucher. Effectivement, c’est un excellent moyen de communication sur l’espace et qui, indépendamment de la sensation extraordinaire d’apesanteur, permet de voir concrètement le travail que l’on peut faire dedans. Le vol du 16 juin était un vol de démonstration scientifique avec des observateurs dont exceptionnellement un représentant du grand public faisait partie. Les vols que nous ferons pour le public ne comporteront pas d’expérience à bord car d’un point de vue réglementaire cela change si vous modifiez l’avion, ne serait-ce que si vous fixez une expérience dans la cabine.
Si nous concluons favorablement notre dossier avec la DGAC et le CEV, dans moins d’un an, nous pourrons être prêt à faire notre premier vol parabolique pour le public.
Y’a-t-il un marché réel pour ce type
d’activité chez nous ?
Nous le pensons oui mais on ne le verra bien que si on démarre cette activité. C’est un des arguments qu’entend bien la DGAC. C’est qu’avant de se lancer dans une activité réellement « touristique » avec un nouvel avion dans un cadre un peu plus classique de transport avec un vol par semaine, je suppose. Pour évaluer le marché, il faut que l’on commence. Nous avons l’avion qui a le temps et la sécurité pour le faire.
Propos recueillis par Antoine Meunier
Photos : Stéphane Sébile (pour l'A300 Zéro G) / Antoine Meunier
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* Le DLR est l’organisme de recherche aéronautique et spatial allemand
**DGAC : Direction Générale à l’Aviation Civile
© La Chronique Spatiale (2009)
Dans le cadre du 48ème Salon Aéronautique et de l’Espace du Bourget, L’Agence Spatiale Européenne organisait mardi une rencontre avec Jean-Jacques Dordain, son Directeur Général et la nouvelle promotion d’astronautes.
Si l'EAC s’agrandit de six nouvelles recrues, l’actualité des astronautes est bien chargée puisque Franck de Winne (Belgique) remplit actuellement les fonctions d’ingénieur de vol à bord de l’ISS* avant de succéder à Guennady Padalka en août. Le même mois, ce sera le Suédois Crister Fuglesang qui s’envolera à bord de la navette pour sa seconde mission. Parallèlement, Paolo Nespoli, qui devrait s’envoler en 2011, est actuellement à l’entraînement a annoncé Jean-Jacques Dordain. Concernant les opportunités de vol des nouveaux astronautes, le directeur général s’est voulu très clair en affirmant que « tous voleront ». L’ESA possède déjà sept incréments de vol pour des missions de longue durée. Toutefois, l’agence travaille pour se créer des opportunités supplémentaires. Ce qui offre peut-être des perspectives pour la nouvelle promotion.
Etape par étape
Rappelons cependant qu’il y a encore huit astronautes actifs. « Il
n’y a pas que nous. Nous, nous avons encore tout apprendre », a notamment
précisé le Français Thomas Pesquet avec beaucoup de lucidité. « Nous
allons commencer par l’entraînement de base et apprendre les choses une par
une. » Pour sa part, Luca Parmitano souligne que « Pour
l’instant, je me concentre sur ce qui va se passer dans les prochains mois,
l’entraînement de base. C’est déjà l’aventure à n’importe quel niveau. C’est
important garder la tête sur les épaules. ». Pas question de bruler les étapes donc.
Et cette promotion 2009 apporte une bouffée de fraîcheur bienvenue, se prêtant avec bonne grâce aux questions réponses et aux autographes dans ce Salon du Bourget 2009 qui avait démarré dans une ambiance plombée par le mauvais temps et les poursuites de l’enquête de la catastrophe de l’Airbus AF 447. Simonetta di Pippo, Directrice des vols habités de l’ESA, a rappelé le programme qui attend la nouvelle promotion à compter de septembre. A la rentrée, les six nouvelles recrues démarrent l’entraînement basique d’une durée de dix-huit mois avant l’entraînement principal pour une mission. L’enthousiasme et la patience sont deux qualités essentielles chez les astronautes et nos six "rookies", s'ils ne connaissent pas encore la date exacte de leur premier vol, ont déjà une idée du parcours qui sera le leur.
Antoine Meunier
Photos : Antoine Meunier
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*cf.LCS N°156
© La Chronique Spatiale (2009)
C’est lundi prochain que l’édition du Centenaire du Salon Aéronautique et de l’Espace ouvrira ses portes.
A l’heure où la Station spatiale internationale accueille son premier équipage à six ainsi que son premier commandant de bord européen avec Franck de Winne (il s’agit de la mission OasISS), la grande fête française de l’aérospatiale se trouve quelque peu assombrie par le tragique accident du vol Air France 447. Mais c’est une enquête longue et minutieuse que le Bureau d’Enquêtes et d’Analyses (BEA) doit mener avant de rendre ses conclusions. Pour l’heure, le site Internet* de la manifestation annonce la venue de 2 000 exposants sur le site et comme d’habitude, de magnifiques machines seront présentes pour les habituelles présentations en vol. Mais au-delà des habituelles démonstrations aériennes, rappelons que le Salon du Bourget est avant tout une manifestation commerciale ou des contrats se signent à l’abri des caméras. Rappelons en effet que l’édition 2007 avait notamment vu la signature d’une lettre d’intention avant la signature effective du contrat en janvier dernier, entre Arianespace et EADS Astrium, pour la livraison de 35 lanceurs Ariane V en version ECA pour les lancements des prochaines années. Ce fut également l’occasion de découvrir la cabine de l’avion de tourisme spatial d’EADS Astrium. Un projet qui est aujourd’hui en stand-by.
Présentations en vol et sur le statique
Outre la récente réussite du lancement des satellites Hershel et Planck, pour l’Agence spatiale européenne (ESA) ce salon devrait notamment faire la part belle aux vols habités. L’exploration robotique ou les sciences de la Terre seront également au rendez-vous dans un pavillon spécialement dédié de 500 mètres carrés situé à proximité des maquettes des fusées Ariane I et V. De leur côté, les équipementiers spatiaux devraient logiquement annoncer plusieurs signatures de contrats au cours de la semaine.
Retour dans le passé
Les amoureux des belles machines ne sont pas en reste car c’est un spectacle toujours spectaculaire qui les attend. On notera notamment la présentation en vol du premier drone hélicoptère Camcopter, du Sukhoï Superjet 100 (un biréacteur de transport régional). Et surtout, trente avions historiques dont un F86 Sabre, un Mirage III ou encore un Spitfire doivent ainsi venir côtoyer les avions modernes. Mais ce show ne pouvait être complet sans le ballet de la Patrouille de France dans le ciel du Bourget qui devrait offrir un magnifique spectacle aérien aux quelques 350 000 visiteurs attendus pour cette 48ème édition du célèbre salon aérospatial français.
Antoine Meunier
sources : Gifas / ESA / Arianespace
Photos : DR / Antoine Meunier / USAF Museum
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*http://www.salon-du-bourget.fr/
(Pour tous les renseignements pratiques, ne pas hésiter à consulter l’adresse Internet du site ci-dessus.)
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