5 posts tagged “apollo 11”
C’était il y a quarante ans, le module lunaire Eagle, piloté par Neil Armstrong et Buzz Aldrin de la mission Apollo 11 se posait sur la Lune dans la Mer de la Tranquillité alors que Michael Collins restait en orbite à bord de Columbia.
Du haut de ses photos, quatre décennies vous contemplent auraient sans doute déclaré Bonaparte à ses soldats. Si la conquête de la Lune fut un objectif politique, elle fut également un objectif technologique et humain hors normes. Construire la fusée la plus grande et capable de placer près de 140 tonnes en orbite terrestre basse* reste une chose extraordinaire. La Saturn V, gratte-ciel de 111 mètres de haut, développait près de 2900 tonnes de poussée et emportait le strict nécessaire à trois hommes pour vivre dans l’espace durant, au maximum, une douzaine de jours. Et le plus singulier est que tout fut inventé en seulement huit ans. Depuis ce 25 mai 1961 ou JFK lança ce qui demeure le bras de fer du destin entre les Etats-Unis et l’URSS en prononçant un discours historique devant le Congrès : « Notre pays doit se vouer tout entier à cette entreprise, faire atterrir un homme sur la Lune et le ramener sur la Terre avant la fin de la présente décennie. » Un effort national qui mobilisera près de 400 000 personnes sur tout le territoire, des installations en Floride mais aussi à Houston ou encore à Huntsville en Alabama pour culminer à ce jour historique ou le temps s’est arrêté le 20 juillet 1969.
Tenir le monde en haleine
Il y a 40 ans, Neil Armstrong et Buzz Aldrin deviennent donc les premiers hommes à fouler le sol lunaire sous les yeux incrédules de plus de 600 millions de téléspectateurs qui regardent le premier direct télévisé interplanétaire depuis la Lune. L’image n’est pas très nette, on ne voit pas grand-chose, si ce n’est une silhouette blanche en scaphandre et cette voie qui traverse le vide spatial et prononce une phrase désormais à jamais dans les livres d’histoire : « C’est un petit pas pour un homme mais un bond de géant pour l’humanité ». Oui, incontestablement l’Humanité vient de faire un bond de géant alors que vingt-cinq ans auparavant nous étions en plein conflit mondial. Avec la Course à la Lune, l’Amérique et l’URSS ont réussi à éviter de faire basculer le monde dans un conflit nucléaire. En marchant sur la Lune, Neil Armstrong et Buzz Aldrin réalisent le plus formidable exploit jamais réalisé par l’Humanité et tiennent le monde en haleine pendant les 21 heures qu’ils vont passer sur le sol sélène. Cette mission n’est pas la plus longue et les deux marcheurs lunaires ne passeront qu’un peu moins de trois heures à la surface de la Lune. Mais dans l’inconscient c’est elle que tout le monde retient de l’histoire du programme lunaire. Car dès Apollo 12, commandée par Charles Conrad en novembre 1969, le soufflé était retombé. Le désoeuvrement est malheureusement une chose inévitable.
Une exploration approfondie
Pour le grand public, envoyer des hommes sur la Lune devient une activité aussi banale que prendre sa voiture pour aller faire ses courses au supermarché du coin. Ce qui est faux. Aller dans l’espace reste une activité à hauts risques. Gus Grissom, qui devait commander la mission Apollo 1, et qui décéda avec son équipage lors du test de lancement du 27 janvier 1967, avait eu ses mots lors d’une conférence de presse quelques temps auparavant : « Si nous mourrons, nous voulons que le public l’accepte comme une chose naturelle, la conquête de l’Espace en vaut la peine. » A l’exception du drame d’Apollo 1 qui eut lieu au sol, il n’y eut pas de victime dans l’espace lors du programme Apollo et le sang-froid des équipes techniques de Houston permit de ramener l’équipage d’Apollo 13 sain et sauf. Cette mission relança l’intérêt du public pour le spatial qui était passé à autre chose. Mais c’était la fin d’une époque, le rêve de Kennedy était atteint. Une exploration plus approfondie fut menée lors des trois dernières missions (Apollo15 à 17) grâce à une jeep lunaire au cours d’expéditions de plus de trois jours. Et malheureusement, oui malheureusement, on décida de tout arrêter. Car cela coûtait, il est vrai, fort cher, mais si le matériel se fiabilisait les Etats-Unis étaient englués dans une guerre du Vietnam qui n’en finissait plus et le monde allait connaître son premier choc pétrolier.
En soi, la première exploration humaine de la Lune ne fut pensée que sur le cours terme. Le retour qui est désormais prévu pour 2019 avec le programme Constellation, se fera probablement entre la NASA et ses partenaires de l’ESA. A l’image de la construction de l’ISS, la nouvelle conquête de la Lune qui semble se profiler pour les années 2020 pourrait donc avoir lieu en collaboration. Aussi, le premier équipage qui sera du voyage vers notre satellite à bord du premier vaisseau Orion lunaire sera forcément international. Et que fera-t-on une fois de retour ? On reprendra ce qui a simplement été interrompu en 1972. Mais il ne faut pas considérer la Lune comme une fin en soi. Plutôt comme un tremplin vers Mars, par exemple. N’est-ce pas une perspective enivrante pour les jeunes générations ?
Antoine Meunier
Photos : NASA
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*Ce qui comportait l'étage supérieur de la Saturn V qui était réallumable ainsi que le LM et les modules de commande et de service (CSM).
© La Chronique Spatiale (2009)
Il y a quarante ans, deux hommes réalisaient l’exploit le plus extraordinaire jamais imaginé par des hommes : poser le pied sur le sol de la Lune. Un anniversaire qui a été célébré, le week-end dernier, dans le cadre du festival Jules Vernes Aventures du Rex à Paris. Buzz Aldrin , pilote du module lunaire de la mission Apollo 11, était présent.
Bien sur, tout (ou presque) a été dit sur le programme Apollo et sur la plus historique de ses missions. Mais lorsque JFK lance le défi aux Soviétiques d’envoyer un homme sur la Lune et de la ramener sur Terre sain et sauf avant la fin de la décennie 60, il faut tout de même rappeler qu’aucun des matériels nécessaires à la réalisation de cet exploit n’existent. En soi, ce programme est donc une incroyable prouesse technologique qui mobilisera 400 000 personnes pendant dix ans pour construire un vaisseau et une fusée dépassant le premier étage de la Tour Eiffel. Mais en ce quarantième anniversaire de la plus célèbre des missions de la conquête spatiale, Buzz Aldrin, le pilote du module lunaire Eagle, pense qu’il faudrait mieux à présent se tourner vers Mars plutôt que de refaire ce qui a déjà été entrepris en 1969, rapporte le quotidien Le Parisien dans son édition du 27 avril. De quoi susciter l’enthousiasme de bien des ingénieurs et d’offrir une perspective à une opinion publique minée par une crise économique à laquelle vient aujourd'hui s'ajouter une épidémie de grippe porcine.
En collaboration
L’espace a toujours suscité le rêve pour le grand public. Lorsque nous sommes allés sur la Lune il y a quarante ans, c’était bien évidemment pour des raisons politiques que les plus jeunes ne connaissent pas forcément mais que nos parents n’ont pas oubliées et qui a servi, entre autres, de dérivatif à une autre crise majeure : La Guerre Froide. Retourner sur la Lune serait sans doute un premier pas avant de s’attaquer aux Sables de Mars à plus longue échéance. Une telle entreprise, dans le contexte actuel, ne peut pas être menée par un seul pays. En effet, on imagine mal les Etats-Unis mener seul aujourd’hui un programme lunaire. Les pays membres de l’ESA et le Japon devront forcément faire partie de l’aventure. Une collaboration pour une telle aventure est nécessaire et il y a d’ailleurs un précédent dans l’histoire des vols habités : la Station Spatiale Internationale (ISS). Toutefois, si l’on retourne sur la Lune avant d’aller sur Mars, cela peut présenter un risque d’écueil : un enlisement du programme. Dans un monde en crise, le plus important, c’est de pouvoir se trouver un objectif. Un objectif qui peut être une source d’emplois pour nos jeunes talents. A son plus fort, Apollo employait plus de 400 000 personnes. En retournant sur la Lune, il faudrait apprendre à pérenniser ces emplois. C’est peut-être le défi le plus important qui attend le programme Constellation.
Antoine Meunier
Photos : NASA (et remerciements à Stéphane "Spacemen1969")
Sources : Le Parisien
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Il y a exactement quarante ans, Franck Borman, Jim Lovell et William Anders ont réussit le premier voyage habité de la Terre à la Lune. C’était le premier voyage interplanétaire humain qui allait permettre d’offrir à l’Amérique la victoire dans la Course à la Lune avant l’alunissage de Neil Armstrong et Buzz Aldrin quelques mois plus tard.
Curieuse année que 1968, le monde entier semble traverser une violente tempête. En février, trois étudiants américains trouvent la mort lors des manifestations pour les droits civiques en Caroline du Sud aux Etats-Unis.
Mais l’Amérique le 4 avril va connaître un véritable traumatisme. Le pasteur baptiste Martin Luther King est assassiné à Memphis. Des émeutes éclatent provoquant la mort de trente-neuf personnes. Le président Johnson finira par signer la loi sur les droits civiques que réclamait Luther King. Mais Le 5 juin, c’est une véritable réplique sismique à la mort du pasteur qui a lieu. Le sénateur Robert Kennedy, frère cadet de JFK assassiné cinq ans plus tôt, meurt à Los Angeles des suites d’une blessure par balle à la tête alors qu’il venait de remporter la bataille pour l’investiture aux primaires. Le chaos semble ne pas s’arrêter. Pendant l’été, des affrontements ont lieu à Chicago entre étudiants et forces de l'ordre lors de la Convention du Parti démocrate. Les étudiants américains s’insurgent contre la guerre du Viêt-Nam et remettent en cause le modèle de vie américain. Il est vrai que 76 milliards de dollars ont été votés pour le budget de la Défense contre 15 pour les dépenses sociales. Il y a de quoi provoquer une certaine grogne…
Dans le reste du monde, le ton monte également…
Les Etats-Unis ne sont pas en reste, s’ils sont empêtrés dans une guerre du Viêt-Nam qui n’en finit plus avec un demi million de soldats présent en Asie, l’Europe commence, elle aussi, à s’agiter, de troubles sociaux. Le 19 avril, en Italie, une grève éclate à l’usine textile Marzotto en Vénétie et les syndicats décrètent une grève générale au printemps. Le mois suivant, en France, les événements aujourd’hui tristement célèbres dans toutes les mémoires se déclenchent à Paris. A 17h15, le 3 mai 1968, le quartier de la Rue Champollion et de la Sorbonne se transforme en champ de bataille. Pendant près d’un mois, la France va vivre au rythme de remous sociaux et de grèves. La plus importante aura lieu le 21 mai et rassemblera près de quatre millions de personnes en colère.
En Europe de l’Est, la tension est également palpable. Ainsi, à Prague, le Printemps de Prague débute le 5 janvier et sera sévèrement réprimé par l’arrivée des troupes du Pacte de Varsovie durant l’été avec l’intervention de plus de 600 000 soldats. Seule les troupes roumaines ne participeront pas à cette opération. Malgré une entrevue entre Tchécoslovaques et Soviétiques le 29 juillet, le Printemps de Prague est anéanti par les forces Soviétiques.
Au bord du chaos ?
Après 23 ans de paix relative, le monde est en crise avec plusieurs conflits isolés. Mais les Américains et les Soviétiques, quant à eux, se livrent une autre bataille pour atteindre la Lune avant la fin de la décennie. A la mi 68, la CIA informa la NASA que les Soviétiques étaient pratiquement sur le point de gagner la partie. En Septembre, une fusée Proton lança Zond 5 effectuer un tour de Lune qui revint sans encombre avant d’amerrir dans l’océan Indien. Ses seuls passagers étaient des tortues et des mouches qui se portaient à merveille après un périple de 800 000 kilomètres à travers l’espace. Une performance similaire est rééditée le 10 novembre 1968 avec Zond 6. Lors du retour, la cabine se dépressurise accidentellement. Toutefois, pour la NASA, c’était l’ultime test de l’Union Soviétique avant un vol circumlunaire habité et aucun vaisseau Apollo n’avait encore volé. Il fallait réagir et vite. Finalement, le 11 octobre, une fusée Saturn IB emporte les astronautes Wally Schirra, Walter Cunningham et Donn Eisele, pour une mission d’une dizaine de jours qui se déroulera à la perfection avec notamment un rendez-vous orbital entre Apollo 7 et son étage S-IV B. L’échec d’Apollo 1 qui avait coûté la vie à Gus Grissom, Ed White et Roger Chaffee apparaissait désormais comme un mauvais souvenir.
La NASA reprenait donc confiance mais elle avait besoin de quelque chose qui lui assure un prestige sans égal mais surtout de gagner du terrain. Persuadés que les Soviétiques allaient passer à la vitesse supérieure après le succès de la mission automatique Zond 5 en septembre. Jim Webb, l’Administrateur de la NASA eut une conversation avec le Président Johnson pour que l’Agence puisse enfin envoyer des hommes effectuer le tout premier voyage interplanétaire. C’était extrêmement risqué, car Apollo 7 n’avait toujours pas volé, le logiciel pour faire voler le vaisseau autour de la Terre (ni même autour de la Lune) n’était même pas prêt.
Test du train spatial
En fait, Apollo 8 devait permettre de tester l’ensemble du train spatial en orbite lunaire. Une mission que devait commander l’astronaute Jim Mac-Divitt. Mais Grumman, le contractant de la NASA, avait pris du retard et l’essai risquait d’être retardé de plusieurs mois. Georges Low, responsable du programme des vaisseaux spatiaux à l’Agence, se demandait comment contourner cette difficulté. Pour sa part, Chris Kraft, responsable des vols, était extrêmement partagé car il voyait là un chemin risqué mais dans lequel il fallait malgré tout tenter de s’engager. Trois jours durant, les têtes pensantes de la NASA se réunirent pour définir ce que serait le profil de la mission Apollo 8. Finalement, seul serait envoyé le vaisseau Apollo qui serait placé sur une trajectoire dite de « retour libre ». C’est-à-dire que le vaisseau doit, après avoir contourné la Lune, revenir automatiquement vers la Terre.
Deke Slayton, le patron du Bureau des astronautes, convoqua Mac-Divitt pour lui expliquer la situation. Seulement ce dernier avait clairement fait comprendre que s’il y avait un vaisseau qu’il voulait piloter, c’était le module lunaire et pas un autre. Aussi, il y eut un échange d’équipage entre Apollo 8 et la mission suivante, dont le commandement revint finalement à Franck Borman. Il ne restait plus que l’approbation du nouvel Administrateur de la NASA, Thomas Payne, pour ce pari fou. Ce qui fut fait le 11 novembre…
Presque trois milles tonnes au décollage
La taille de la Saturn V impressionne par son gigantisme et ses 111 mètres qui se dressent au matin du 21 décembre 1968, sur le pas de tir 39A, ne peuvent laisser indifférent. Les astronautes Franck Borman, Jim Lovell et William Anders sont solidement sanglés dans leurs couchettes lorsque rugissent à 7h51 les moteurs du premier étage. La Saturn V décolle dans un torrent de flammes avant de se placer en orbite terrestre. Après deux tours de Terre, le troisième étage fut rallumé et propulsa Apollo 8 vers la Lune à la vitesse de 39 000 km/h. Même si des engins automatiques avaient déjà ouvert la voie depuis la toute fin des années 50, c’était quand même un voyage dans l’inconnu.
Lever de Terre
Pendant ce temps là à Moscou, on ne se faisait guère plus d’illusion, malgré la réussite de Zond 5, les cosmonautes du programme lunaire soviétique tentèrent d’obtenir l’autorisation d’un lancement lunaire auprès des responsables politiques malgré le manque de sûreté du vaisseau. Ce qui a vraisemblablement fait défaut à l’URSS dans leur programme lunaire habité, c’est le manque de fiabilité de ses fusées N1, équivalentes en taille à la Saturn V, dont la complexité a sans doute entraîné les quatre échecs au lancement entre 1969 et 1972.
Mais Borman, Lovell et Anders ignoraient tout des problèmes de la cosmonautique russe et à la veille de Noël. Ils atteindraient le point où ils allaient soit placer leur astronef sur orbite lunaire, ou alors ils laisseraient faire la mécanique céleste et reviendraient en retour libre. Pour qu’Apollo 8 se positionne correctement en orbite lunaire, le moteur principal du vaisseau devait fonctionner pendant exactement 247 secondes. Une fois le moteur arrêté, l’équipage placerait le vaisseau dans le sens du vol à l’aide des petits moteurs de contrôle d’attitude. Si le réacteur s’arrêtait trop tôt, les astronautes survoleraient la Lune sur une trajectoire qui ne leur permettrait pas de revenir vers la Terre. A contrario, si le moteur fonctionnait trop longtemps, le vaisseau raterait l’orbite et s’écraserait sur la Lune. Et s’il ne fonctionnait pas et bien Apollo 8 reviendrait directement vers la Terre, catapulté par la Lune. Autant dire que toutes les précautions avaient été prises pour ce vol qui était un saut dans l’inconnu mais qui s’annonçait comme historique et le moment tant attendu arrivait, le passage derrière la face cachée de la Lune approchait.
Pendant plus de vingt minutes, toutes les transmissions seraient coupées entre Houston et le vaisseau. Au centre de contrôle, les voyants étaient au vert et Jerry Carr, capcom de l’époque, lança « vous êtes go sur toute la ligne* ». Et Jim Lovell répliqua d’un calme total : « On vous retrouve de l’autre côté.* » L’instant suivant, Apollo 8 disparut derrière la face cachée de la Lune et le moteur se mit à fonctionner à l’instant précis de ce qui était prévu par le plan de vol pour fonctionner pendant exactement…247 secondes. Lovell avoua plus tard que ce furent quand même « les quatre plus longues minutes de ma vie…* » Après ce qui parut être une éternité, Jerry Carr fut tout heureux de réentendre la voix de Lovell, ce qui déclencha un concert de sifflets et d’applaudissements dans la salle de contrôle. Apollo 8 avait réussi et évoluait sur une orbite quasi circulaire. Mais pour le monde entier, soit environ cinq cents millions de téléspectateurs sur la planète, pas question d’entendre des chiffres, il fallait leur donner la Lune telle que les astronautes la voyaient depuis les hublots de leur vaisseau :
« Essentiellement grise et sans couleur* », rapporta Jim Lovell
« Cela a l’air d’une vaste étendue désolée et inquiétante* », confia pour sa part Franck Borman.
Et Anders d’ajouter : « On peut voir que depuis une éternité, la Lune est bombardée par une multitude de météorites. Chaque centimètre carré est criblé de trous*. »
Vint ensuite ce qui demeure sans aucun doute le moment plus émouvant de toute la mission. Nous étions le soir du réveillon et les trois hommes faisaient afin de partager leur extraordinaire expérience et en cette nuit de noël, ils choisirent de citer un passage de la Genèse. Borman fut le dernier à lire et conclut par ce message de noël : « Et de la part de l’équipage d’Apollo 8, nous terminons en vous souhaitant, une bonne nuit, bonne chance, chance, joyeux noël et que Dieu vous bénisse – à tous, sur notre chère bonne Terre.* » Lorsque leur fragile esquif survolait le visage grêlé de la Lune, Borman ajouta avec une émotion non dissimulée qu’en observant la Terre il n’avait « jamais rien vu d’aussi beau et de saisissant de [sa] vie* ». Le vol interplanétaire venait certes de voir le jour mais il prenait une signification particulière.
La voie lunaire
Les astronautes d’Apollo 8 accomplirent dix révolutions autour de la Lune, le temps de prendre des photos destinées à sélectionner les futurs sites d’alunissage des prochaines missions. Mais le moment de repartir était venu. Vingt heures et une combustion d’environ cinq minutes du moteur principal plus tard, ils reprenaient le chemin de la Terre.
Après avoir tourné autour de la Lune, il ne restait maintenant plus qu’à se poser à la surface, ce qui fut réussi avec succès sept mois plus tard lors de la mission Apollo 11. Un second succès qui n’aurait jamais avoir pu lieu sans l’audace d’avoir envoyé Apollo 8 préparer le terrain. Et Franck Borman, Jim Lovell et Bill Anders reçurent de nombreux télégrammes de félicitations dont celui-ci : « Merci Apollo 8, vous avez sauvé 1968.* » Peut-être était-ce effectivement le cas mais la voie vers la Lune était ouverte pour les missions à venir dans les mois suivant… et pour celles du futur programme Constellation qui prévoit un retour sur la Lune en 2020 et peut-être des probables missions chinoises. Mais là, l’Histoire reste encore à écrire.
Antoine Meunier
Sources
Pour la mission : www.nasa.gov
Pour les événements liés à 1968 : Le Monde2 Hors-Série / www.lejdd.fr (dossier « 1968 dans le monde ») / www.wikipedia.org
Photos : www.nasa.gov
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* Toutes les citations sont extraites du livre Ils voulaient la Lune par Deke Slayton et Alan Shepard (ed. J’ai Lu 1995)
A lire également sur la mission Apollo 8 sur le blog d'Olivier Sanguy http://www.spatialpourtous.com/2008/12/il-y-40-ans-apollo-8.html
Très bonnes fêtes de fin d’année à tous, La Chronique Spatiale s’arrête pendant noël et reviendra au début du mois janvier.
© Antoine Meunier 2008
Après la sortie parfaitement réussie du colonel Zhaï Zhigang dans l’espace samedi pendant quinze minutes, le vaisseau Shenzou 7 s’est posé dimanche en Mongolie Intérieure à 9h40 GMT après une mission de trois jours totalement maîtrisée.
Assurément ce troisième vol habité chinois revêt une symbolique politique que personne n’aura manqué de relever. Ainsi, on a pu voir le président Hu Jintao n’hésitant pas à féliciter par téléphone le taïkonaute. « Votre sortie dans l'espace a été un succès total, a déclaré le secrétaire général du Parti Communiste. C'est une percée majeure pour le développement de notre programme de vols habités. » Une chose est certaine, c’est que les Chinois ont été galvanisés par la marche spatiale de leur cosmonaute même si celle-ci n’a duré qu’un quart d’heure. Si cette EVA nous paraît routinière, il convient tout de même de saluer cette performance à sa juste valeur. Réaliser une sortie dans l’espace est un exploit et un exercice qui n’est pas sans présenter des risques. En accomplissant cette (brève) performance, la Chine a démontré la fiabilité de son matériel et surtout qu’elle devient un acteur majeur des missions spatiales habitées. C’est peut-être enfoncer une porte ouverte que dele dire mais le fait est là à l’heure où les navettes spatiales américaines ont pratiquement leur place réservée dans les différentes antennes du Smithsonian Institute et ou la NASA devra faire du stop à bord des capsules Soyouz. A tel point que l’on pourrait se poser la question suivante : les Chinois ont-ils les moyens d’arriver sur la Lune avant les Etats-Unis ?
Dans les starting-blocks
On serait tenter de répondre oui. Pourquoi ? Simplement parce l’espace est pour la Chine une véritable vitrine technologique que le gouvernement du pays a repris à son compte et quelque part, on ne peut s’empêcher de faire un parallèle entre le coup de fil passé par Nixon à l’équipage d’Apollo 11 en 1969 et celui du président Hu Jintao aux taïkonautes de Shenzou 7. Pour un peu, le président chinois comparerait son chinois à Neil Armstrong et le journal Beijing Youth Daily n’a d’ailleurs pas hésité à publier la citation suivante : « un petit pas pour un homme mais un bond de géant pour notre pays ». Petite nuance tout de même : de chaque côté, il manque un lanceur lourd (cf LCS N°125). Pour la Chine, ce sera la fusée Longue Marche 5 et pour les Etats-Unis, ce doit être la fusée Ares 5. Le pays se donne progressivement les moyens de ses ambitions
Dans un contexte économique mondial incroyablement difficile, face à une Europe spatiale qui se cherche (et à qui il ne manquerait qu’un simple geste politique), le risque de se retrouver une nouvelle fois distancée est donc bien présent.
Antoine Meunier
Photos et sources : Xinhua
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Le pilote du module lunaire de la mission Apollo 11 s’est exprimé dans une récente interview accordée au quotidien anglo-saxon, The Sunday Telegraph. Pour lui, les Etats-Unis risquent d’être pris de vitesse dans la nouvelle course à la Lune qui s’engage.
Quand un ancien « Moonwalker » prend la parole, ce n’est pas forcément pour évoquer ses faits d’armes, aussi brillants soient-ils. Edwyn « Buzz » Aldrin, 78 printemps, a des choses à dire. Pour lui, c’est évident, les Etats-Unis doivent « maintenir le cap dans l’exploration spatiale » et il entend bien le faire savoir aux deux candidats de la prochaine l’élection présidentielle américaine. En effet, selon le pilote du module lunaire Eagle de l’historique mission Apollo 11 de 1969, si les Etats-Unis se détournent de leur « vision » spatiale et bien « nous risquons de nous retrouver à la seconde place des vols spatiaux habités pour le restant du siècle », précise-t-il. Début juin, Rick Gilbreth, le responsable du programme d’exploration lunaire américain émettait une mise en garde à propos des Chinois qui pourraient « être sur la Lune deux ou trois ans » avant l’Oncle Sam, soit en 2017 ou 2018. Aldrin a donc décidé d’exposer ses vues sur la question aux deux candidats John Mac-Cain (républicain) et au démocrate Barack Obama. Le premier a affirmé son soutien au programme Constellation qui prévoit le retour d’un équipage sur la Lune vers 2019. Pour sa part, Barack Obama s’est enquis de l’opinion publique pour son intérêt quant aux futurs plans de la NASA.
Une fierté nationale
En Amérique, l’espace revêt un caractère particulier car il s’agit d’une réelle fierté nationale. S’il est acquis que le vaisseau Orion sera désormais le successeur de la navette spatiale, de nombreux obstacles parsèment encore le chemin du retour américain sur la Lune. Il y a notamment la question du lanceur Ares V qui n’est pas encore résolue et il faudra attendre encore 2011 pour que ce nouveau lanceur soit approuvé.
Après la crise des subprimes qui a secoué les Etats-Unis fin 2007, retourner sur la Lune fait-il parti des priorités nationales ? Le prochain locataire de la Maison-Blanche devra tenir compte non seulement des problèmes économiques internes au pays mais également des intérêts stratégiques. « Si nous voulons vraiment que cela arrive, il faut mettre plus d’argent dans ce programme », a déclaré l’ancien astronaute dans les colonnes du Sunday telegraph. Ainsi, Buzz Aldrin souhaite voir se rallumer le même enthousiasme qu’à la glorieuse époque des années 1960. Rappelons tout de même que dès 1967, la NASA voyait déjà son budget diminué du fait de l’empêtrement américain au Vietnam. Mais autre époque, autre contexte. Le retour sur la Lune ne pourra désormais plus être un effort fourni par un seul pays bien qu’il s’agisse d’une perspective à long terme dont avait probablement besoin la NASA. C’est d’ailleurs exactement la manière dont s’est engagé le programme spatial chinois habité Shenzou : le long terme, avec la Lune en point de mire. Mais avant cela, il y aura sa future station spatiale et il lui faudra (comme aux Etats-Unis) disposer d’un lanceur lourd. Ce sera la fusée Longue Marche 5 qui devrait être disponible vers 2013.
Aussi, il n’est pas impossible de voir d’autres pays s’engager dans cette nouvelle course à la Lune. Si la collaboration s’engage sereinement, il serait tout à fait envisageable que l’un des premiers hommes à fouler le pied sur le sol sélène soit européen. Depuis l’échelle de coupée d’un module lunaire conçu par l’ESA ?
Antoine Meunier
Sources : The Sunday telegraph / Le Figaro
Photos : www.nasa.gov
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