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Antoine Meunier
La Chronique Spatiale
L'actualité des vols spatiaux et de l'exploration planétaire
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LCS N°139 : Noël 1968, l’extraordinaire pari d’Apollo 8

  • Dec 18, 2008
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24 décembre 1968, premier lever de Terre pour Apollo 8
24 décembre 1968, premier lever de Terre pour Apollo 8

Il y a exactement quarante ans, Franck Borman, Jim Lovell et William Anders ont réussit le premier voyage habité de la Terre à la Lune. C’était le premier voyage interplanétaire humain qui allait permettre d’offrir à l’Amérique la victoire dans la Course à la Lune avant l’alunissage de Neil Armstrong et Buzz Aldrin quelques mois plus tard.

Curieuse année que 1968, le monde entier semble traverser une violente tempête. En février, trois étudiants américains trouvent la mort lors des manifestations pour les droits civiques en Caroline du Sud aux Etats-Unis.

Mais l’Amérique le 4 avril va connaître un véritable traumatisme. Le pasteur baptiste Martin Luther King est assassiné à Memphis. Des émeutes éclatent provoquant la mort de trente-neuf personnes. Le président Johnson finira par signer la loi sur les droits civiques que réclamait Luther King. Mais Le 5 juin, c’est une véritable réplique sismique à la mort du pasteur qui a lieu. Le sénateur Robert Kennedy, frère cadet de JFK assassiné cinq ans plus tôt, meurt à Los Angeles des suites d’une blessure par balle à la tête alors qu’il venait de remporter la bataille pour l’investiture aux primaires. Le chaos semble ne pas s’arrêter. Pendant l’été, des affrontements ont lieu à Chicago entre étudiants et forces de l'ordre lors de la Convention du Parti démocrate. Les étudiants américains s’insurgent contre la guerre du Viêt-Nam et remettent en cause le modèle de vie américain. Il est vrai que 76 milliards de dollars ont été votés pour le budget de la Défense contre 15 pour les dépenses sociales. Il y a de quoi provoquer une certaine grogne…

Dans le reste du monde, le ton monte également…

Les Etats-Unis ne sont pas en reste, s’ils sont empêtrés dans une guerre du Viêt-Nam qui n’en finit plus avec un demi million de soldats présent en Asie, l’Europe commence, elle aussi, à s’agiter, de troubles sociaux. Le 19 avril, en Italie, une grève éclate à l’usine textile Marzotto en Vénétie et les syndicats décrètent une grève générale au printemps. Le mois suivant, en France, les événements aujourd’hui tristement célèbres dans toutes les mémoires se déclenchent à Paris. A 17h15, le 3 mai 1968, le quartier de la Rue Champollion et de la Sorbonne se transforme en champ de bataille. Pendant près d’un mois, la France va vivre au rythme de remous sociaux et de grèves. La plus importante aura lieu le 21 mai et rassemblera près de quatre millions de personnes en colère.

En Europe de l’Est, la tension est également palpable. Ainsi, à Prague, le Printemps de Prague débute le 5 janvier et sera sévèrement réprimé par l’arrivée des troupes du Pacte de Varsovie durant l’été avec l’intervention de plus de 600 000 soldats. Seule les troupes roumaines ne participeront pas à cette opération. Malgré une entrevue entre Tchécoslovaques et Soviétiques le 29 juillet, le Printemps de Prague est anéanti par les forces Soviétiques.

Au bord du chaos ?

Fusée Proton équipé du vaisseau Zond
Fusée Proton équipé du vaisseau Zond

Après 23 ans de paix relative, le monde est en crise avec plusieurs conflits isolés. Mais les Américains et les Soviétiques, quant à eux, se livrent une autre bataille pour atteindre la Lune avant la fin de la décennie. A la mi 68, la CIA informa la NASA que les Soviétiques étaient pratiquement sur le point de gagner la partie. En Septembre, une fusée Proton lança Zond 5 effectuer un tour de Lune qui revint sans encombre avant d’amerrir dans l’océan Indien. Ses seuls passagers étaient des tortues et des mouches qui se portaient à merveille après un périple de 800 000 kilomètres à travers l’espace. Une performance similaire est rééditée le 10 novembre 1968 avec Zond 6. Lors du retour, la cabine se dépressurise accidentellement. Toutefois, pour la NASA, c’était l’ultime test de l’Union Soviétique avant un vol circumlunaire habité et aucun vaisseau Apollo n’avait encore volé. Il fallait réagir et vite. Finalement, le 11 octobre, une fusée Saturn IB emporte les astronautes Wally Schirra, Walter Cunningham et Donn Eisele, pour une mission d’une dizaine de jours qui se déroulera à la perfection avec notamment un rendez-vous orbital entre Apollo 7 et son étage S-IV B. L’échec d’Apollo 1 qui avait coûté la vie à Gus Grissom, Ed White et Roger Chaffee apparaissait désormais comme un mauvais souvenir.

La NASA reprenait donc confiance mais elle avait besoin de quelque chose qui lui assure un prestige sans égal mais surtout de gagner du terrain. Persuadés que les Soviétiques allaient passer à la vitesse supérieure après le succès de la mission automatique Zond 5 en septembre. Jim Webb, l’Administrateur de la NASA eut une conversation avec le Président Johnson pour que l’Agence puisse enfin envoyer des hommes effectuer le tout premier voyage interplanétaire. C’était extrêmement risqué, car Apollo 7 n’avait toujours pas volé, le logiciel pour faire voler le vaisseau autour de la Terre (ni même autour de la Lune) n’était même pas prêt.

La Saturn V emmène Apollo 8 sur le PAD 39A
La Saturn V emmène Apollo 8 sur le PAD 39A

Test du train spatial

En fait, Apollo 8 devait permettre de tester l’ensemble du train spatial en orbite lunaire. Une mission que devait commander l’astronaute Jim Mac-Divitt. Mais Grumman, le contractant de la NASA, avait pris du retard et l’essai risquait d’être retardé de plusieurs mois. Georges Low, responsable du programme des vaisseaux spatiaux à l’Agence, se demandait comment contourner cette difficulté. Pour sa part, Chris Kraft, responsable des vols, était extrêmement partagé car il voyait là un chemin risqué mais dans lequel il fallait malgré tout tenter de s’engager. Trois jours durant, les têtes pensantes de la NASA se réunirent pour définir ce que serait le profil de la mission Apollo 8. Finalement, seul serait envoyé le vaisseau Apollo qui serait placé sur une trajectoire dite de « retour libre ». C’est-à-dire que le vaisseau doit, après avoir contourné la Lune, revenir automatiquement vers la Terre.

Deke Slayton, le patron du Bureau des astronautes, convoqua Mac-Divitt pour lui expliquer la situation. Seulement ce dernier avait clairement fait comprendre que s’il y avait un vaisseau qu’il voulait piloter, c’était le module lunaire et pas un autre. Aussi, il y eut un échange d’équipage entre Apollo 8 et la mission suivante, dont le commandement revint finalement à Franck Borman. Il ne restait plus que l’approbation du nouvel Administrateur de la NASA, Thomas Payne, pour ce pari fou. Ce qui fut fait le 11 novembre…

Presque trois milles tonnes au décollage

Les trois astronautes à l'entrainement dans le simulateur
Les trois astronautes à l'entrainement dans le simulateur

La taille de la Saturn V impressionne par son gigantisme et ses 111 mètres qui se dressent au matin du 21 décembre 1968, sur le pas de tir 39A, ne peuvent laisser indifférent. Les astronautes Franck Borman, Jim Lovell et William Anders sont solidement sanglés dans leurs couchettes lorsque rugissent à 7h51 les moteurs du premier étage. La Saturn V décolle dans un torrent de flammes avant de se placer en orbite terrestre. Après deux tours de Terre, le troisième étage fut rallumé et propulsa Apollo 8 vers la Lune à la vitesse de 39 000 km/h. Même si des engins automatiques avaient déjà ouvert la voie depuis la toute fin des années 50, c’était quand même un voyage dans l’inconnu.

Lever de Terre

Pendant ce temps là à Moscou, on ne se faisait guère plus d’illusion, malgré la réussite de Zond 5, les cosmonautes du programme lunaire soviétique tentèrent d’obtenir l’autorisation d’un lancement lunaire auprès des responsables politiques malgré le manque de sûreté du vaisseau. Ce qui a vraisemblablement fait défaut à l’URSS dans leur programme lunaire habité, c’est le manque de fiabilité de ses fusées N1, équivalentes en taille à la Saturn V, dont la complexité a sans doute entraîné les quatre échecs au lancement entre 1969 et 1972.

Mais Borman, Lovell et Anders ignoraient tout des problèmes de la cosmonautique russe et à la veille de Noël. Ils atteindraient le point où ils allaient soit placer leur astronef sur orbite lunaire, ou alors ils laisseraient faire la mécanique céleste et reviendraient en retour libre. Pour qu’Apollo 8 se positionne correctement en orbite lunaire, le moteur principal du vaisseau devait fonctionner pendant exactement 247 secondes. Une fois le moteur arrêté, l’équipage placerait le vaisseau dans le sens du vol à l’aide des petits moteurs de contrôle d’attitude. Si le réacteur s’arrêtait trop tôt, les astronautes survoleraient la Lune sur une trajectoire qui ne leur permettrait pas de revenir vers la Terre. A contrario, si le moteur fonctionnait trop longtemps, le vaisseau  raterait l’orbite et s’écraserait sur la Lune. Et s’il ne fonctionnait pas et bien Apollo 8 reviendrait directement vers la Terre, catapulté par la Lune. Autant dire que toutes les précautions avaient été prises pour ce vol qui était un saut dans l’inconnu mais qui s’annonçait comme historique et le moment tant attendu arrivait, le passage derrière la face cachée de la Lune approchait.

Patch de la mission d'après un dessin de Jim Lovell
Patch de la mission d'après un dessin de Jim Lovell

Pendant plus de vingt minutes, toutes les transmissions seraient coupées entre Houston et le vaisseau. Au centre de contrôle, les voyants étaient au vert et Jerry Carr, capcom de l’époque, lança « vous êtes go sur toute la ligne* ». Et Jim Lovell répliqua d’un calme total : « On vous retrouve de l’autre côté.* » L’instant suivant, Apollo 8 disparut derrière la face cachée de la Lune et le moteur se mit à fonctionner à l’instant précis de ce qui était prévu par le plan de vol pour fonctionner pendant exactement…247 secondes. Lovell avoua plus tard que ce furent quand même « les quatre plus longues minutes de ma vie…* » Après ce qui parut être une éternité, Jerry Carr fut tout heureux de réentendre la voix de Lovell, ce qui déclencha un concert de sifflets et d’applaudissements dans la salle de contrôle. Apollo 8 avait réussi et évoluait sur une orbite quasi circulaire. Mais pour le monde entier, soit environ cinq cents millions de téléspectateurs sur la planète, pas question d’entendre des chiffres, il fallait leur donner la Lune telle que les astronautes la voyaient depuis les hublots de leur vaisseau :

« Essentiellement grise et sans couleur* », rapporta Jim Lovell

« Cela a l’air d’une vaste étendue désolée et inquiétante* », confia pour sa part Franck Borman.

Et Anders d’ajouter : « On peut voir que depuis une éternité, la Lune est bombardée par une multitude de météorites. Chaque centimètre carré est criblé de trous*. »

Vint ensuite ce qui demeure sans aucun doute le moment plus émouvant de toute la mission. Nous étions le soir du réveillon et les trois hommes faisaient afin de partager leur extraordinaire expérience et en cette nuit de noël, ils choisirent de citer un passage de la Genèse. Borman fut le dernier à lire et conclut par ce message de noël : « Et de la part de l’équipage d’Apollo 8, nous terminons en vous souhaitant, une bonne nuit, bonne chance, chance, joyeux noël et que Dieu vous bénisse – à tous, sur notre chère bonne Terre.* » Lorsque leur fragile esquif survolait le visage grêlé de la Lune, Borman ajouta avec une émotion non dissimulée qu’en observant la Terre il n’avait « jamais rien vu d’aussi beau et de saisissant de [sa] vie* ». Le vol interplanétaire venait certes de voir le jour mais il prenait une signification particulière.

F.Borman, Jim Lovell, Bill Anders à l'occasion du 40ème anniversaire d'Apollo 8
F.Borman, Jim Lovell, Bill Anders à l'occasion du 40ème anniversaire d'Apollo 8

La voie lunaire

Les astronautes d’Apollo 8 accomplirent dix révolutions autour de la Lune, le temps de prendre des photos destinées à sélectionner les futurs sites d’alunissage des prochaines missions. Mais le moment de repartir était venu. Vingt heures et une combustion d’environ cinq minutes du moteur principal plus tard, ils reprenaient le chemin de la Terre.

Après avoir tourné autour de la Lune, il ne restait maintenant plus qu’à se poser à la surface, ce qui fut réussi avec succès sept mois plus tard lors de la mission Apollo 11. Un second succès qui n’aurait jamais avoir pu lieu sans l’audace d’avoir envoyé Apollo 8 préparer le terrain. Et Franck Borman, Jim Lovell et Bill Anders reçurent de nombreux télégrammes de félicitations dont celui-ci : « Merci Apollo 8, vous avez sauvé 1968.* » Peut-être était-ce effectivement le cas mais la voie vers la Lune était ouverte pour les missions à venir dans les mois suivant… et pour celles du futur programme Constellation qui prévoit un retour sur la Lune en 2020 et peut-être des probables missions chinoises. Mais là, l’Histoire reste encore à écrire.

Antoine Meunier

 

Sources

Pour la mission : www.nasa.gov

Pour les événements liés à 1968 : Le Monde2 Hors-Série / www.lejdd.fr (dossier « 1968 dans le monde ») / www.wikipedia.org

Photos : www.nasa.gov

Contacts

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lachroniquespatiale@gmail.com

 

* Toutes les citations sont extraites du livre Ils voulaient la Lune par Deke Slayton et Alan Shepard (ed. J’ai Lu 1995)

 A lire également sur  la mission Apollo 8 sur le blog d'Olivier Sanguy http://www.spatialpourtous.com/2008/12/il-y-40-ans-apollo-8.html

 

Très bonnes fêtes de fin d’année à tous, La Chronique Spatiale s’arrête pendant noël et reviendra au début du mois janvier.

 

 

© Antoine Meunier 2008

Post a comment Tags: houston, constellation, n1, apollo 11, neil armstrong, urss, apollo 8, jim lovell …

LCS N°138 : Tourisme spatial en low-cost

  • Dec 14, 2008
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Le Lynx n'emmène que deux personnes à bord jusqu'à  60 km d'altitude
Le Lynx n'emmène que deux personnes à bord jusqu'à 60 km d'altitude

De 100 000 à 200 000 dollars, les prix du tourisme spatial ont l’air de commencer à s’échelonner. Le billet le moins cher va à la société Xcor Aerospace basée à Mojave en Californie, comme la firme Scaled Composites qui construit le Space Ship Two pour Virgin Galactic

Le nom de Per Wimmer ne vous dit probablement rien mais cet illustre inconnu de 40 ans, danois et banquier de son état, devrait être le premier à s’envoler à bord du Lynx de la firme Xcor pour un vol balistique en 2012. Les termes de l’accord ont été dévoilés au cours d’une conférence de presse début décembre. Pour accomplir un vol à 61 kilomètres d’altitude, Per Wimmer devra débourser 95 000 dollars pour s’offrir des sensations similaires à celles du futur Space Ship Two de Richard Branson. Seulement, la comparaison s’arrête là. S’il s’agira effectivement d’un vol balistique qui devrait effectivement présenter les mêmes perspectives qu’un vol au-delà de 100 kilomètres, nous restons en dessous du domaine astronautique et Wimmer ne décrochera donc pas ses ailes d’astronaute. Propulsé par un mélange kérosène-oxygène, l’appareil qui pourra emmener un passager et un pilote, devrait faire une cinquantaine de vols d’essais à partir de 2010 pour une mise en service d’ici 2012.

Trente minute de vol

Profil du vol de Lynx
Profil du vol de Lynx

C’est Rick Searforss, astronaute des missions STS-58, STS-76 et STS-90 (Neurolab) de 1998, qui est le pilote d’essais. Le profil de vol du Lynx devrait être le suivant : l’appareil se propulse à Mach 2 jusqu’à 138 000 pieds, soit environ 42 000 mètres, en trois minutes. Les moteurs se coupent et l’avion poursuivra tranquillement sur une trajectoire parabolique qui doit pouvoir l’amener à atteindre son point culminant : 61 kilomètres d’altitude. Dès lors, le passager pourra vivre une expérience de microgravité durant quelques minutes et contempler la rotondité de la Terre dans toute sa splendeur pour la moitié du prix proposé par Virgin Galactic. Ensuite, l’appareil revient se poser à la manière d’un planeur au bout d’une demi-heure.

Si Xcor Aerospace ne dispose sans doute pas de la puissance d’une société telle que Virgin Galactic(qui revendique déjà 200 réservations pour les futurs vols à bord du Space Ship Two), elle a annoncé avoir conclu un accord exclusif de commercialisation, avec l’agence de voyages RocketShip Tours, qui a déjà recueilli 22 réservations. Et bien qu’aucun vol ne soit programmé avant plus d’un an (pour Virgin) il est impressionnant de constater que les prix du tourisme spatial commencent déjà à baisser. Gageons que d’autres acteurs sérieux puissent entrer, à leur tour dans la compétition.

Antoine Meunier

Sources : www.xcor.com / www.nasa.gov

Photos : www.xcor.com

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LCS N°137 : MSL en 2011

  • Dec 9, 2008
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MSL ne partira finalement vers Mars qu'en 2011
MSL ne partira finalement vers Mars qu'en 2011

En raison de problèmes techniques, la NASA a annoncé la semaine dernière qu’elle reportait le lancement du rover Mars Science Laboratory de deux ans.

Décidément, la recherche d’une vie sur la planète Rouge devient problématique aussi bien pour l’ESA et la NASA. Malgré des problèmes techniques, l’agence spatiale américaine avait pourtant annoncé au mois d’octobre qu’elle ferait tout pour lancer Mars Science Laboratory lors de la fenêtre de 2009. Mais entre la communication d’entreprise et les difficultés techniques, il y a un rappel à la réalité que la NASA a été forcée de ne pas ignorer. Concrètement, l’agence est en effet confrontée à un gros problème venant des actionneurs. Ce sont les moteurs et transmissions qui seront utilisés pour animer notamment les roues et le bras du rover, dont le coût est passé de 2,3 milliards de dollars contre « seulement » 1,6 milliard, il y a deux ans. La firme Aeroflex, retenue en 2006 par la NASA comme sous-traitant, qui conçoit ces actionneurs rencontre en effet de grosses difficultés dans leur développement. Une centaine de ces pièces, essentielles pour la mission, doit être livrée à Pasadena, mais seulement une trentaine seront finalement installée sur le rover, et à l'heure actuelle aucune n'est arrivée. Il apparaît donc difficile qu’un lancement puisse se dérouler de manière optimale. L’un des administrateurs de l’Agence spatiale américaine déclarait d’ailleurs à propos de l’enjeu que représente MSL : « L’échec n’est pas envisageable… »

Quelques mois de délai supplémentaire

Autre lancement retardé, celui du lanceur Ares Ix l'on voit sur ce montage
Autre lancement retardé, celui du lanceur Ares Ix l'on voit sur ce montage

Si la facture va augmenter pour ce rover, qui se veut le digne successeur de Spirit et Opportunity, il n’en demeure pas moins que le délai nécessaire pour résoudre les problèmes ne se chiffrent pas en années mais en mois. Et compte tenu des lois de la mécanique céleste, la planète Rouge ne sera plus en bonne position avant 2011, ce qui présage d’un atterrissage de Mars Science Laboratory dans les sables de Mars vers la mi 2012.

La NASA finit l’année de son Cinquantenaire avec plusieurs retards à la clé dans ses plannings de lancement notamment après le report de la dernière mission d’entretien du télescope spatial Hubble, désormais programmée en mai prochain et un lanceur Ares I-X dont le premier tir a glissé d’avril à octobre 2009. Mais pour garantir le succès, faut-il renoncer à la fiabilité du matériel ?

Antoine Meunier

Sources : www.planetary.org / www.nasaspaceflight.com

Photos : www.nasa.com

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LCS N°136 : Retour sans encombre pour la navette

  • Dec 1, 2008
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Atterrissage parfaitement réussi à Edwards pour Endeavour
Atterrissage parfaitement réussi à Edwards pour Endeavour

Au terme de seize jours de mission, l’orbiteur Endeavour est finalement revenu sur Terre dimanche 30 novembre en Californie.

Du fait de mauvaises prévisions météorologiques au-dessus de la Floride, la base d’Edwards a été privilégiée pour la désorbitation. Une légère décélération de 328 kilomètres par heure a été effectuée à l’aide des moteurs de rentrée du vaisseau, pendant près de trois minutes. Ce qui a été suffisant pour qu’Endeavour puisse entamer sa rentrée atmosphérique. En effet, de forts vents latéraux et des orages ont forcé la NASA à dérouter la navette et son équipage sur Edwards. Une mission qui aura duré seize jours dont presque deux semaines arrimées à la Station Spatiale Internationale (ISS). Ajoutons qu’au cours de cette 124ème mission de navette, les astronautes ont notamment pu réparer le mécanisme SARJ (Solar Alpha Rotary Joint) qui était grippé durant l’une des quatre EVA. Mais le meilleur reste sans doute à venir pour l’an prochain. A partir de mai 2009, la Station méritera encore plus son qualificatif d’international car six astronautes pourront se relayer tous les six mois pour que les équipages poursuivent les activités scientifiques. Deux cabines supplémentaires complètent l’équipement d’habitation (cf.LCS N°LCS 134) de l’ISS ainsi que de deux nouveaux fours destinés à la cuisson de la nourriture. Par ailleurs, le laboratoire Destiny se voit équipé d’un nouveau four, prévu, lui, pour les expérimentations scientifiques.

Commandement européen en 2009

Frank de Winne, futur commandant de l'ISS en 2009
Frank de Winne, futur commandant de l'ISS en 2009

C’est une première. Pour la première fois de son histoire, la Station Spatiale Internationale accueillera en mai 2009 un commandant européen. Il s’agit en l’occurrence de l’astronaute belge Frank de Winne. Pilote d’essai, il est diplômé de l’école de l’Empire Test Pilots School* de Boscombe Down, il fut ingénieur de vol sur le premier Soyouz TMA en 2002. Au cours de la rotation de trois des membres d’équipage, de Winne prendra le commandement de l’Expédition 21 d’octobre à novembre avant de redescendre sur Terre. Ses fonctions seront les suivantes : conduire les opérations de l’ISS, diriger les activités de l’équipage ou encore assurer la sécurité des personnes. Alors qu’elle aborde son avant-dernière année d’assemblage, on ne peut désormais plus nier le caractère pluriculturel de l’ISS, avec l’ensemble des personnes qui y travaillent. Au-delà du simple enjeu politique qu’il représente, les vols habités sont devenus de vraies réussites.

Antoine Meunier

Sources : www.nasa.gov

Photos : www.nasa.gov / Nasa TV

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Tél.06 14 92 55 06

 

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* Equivalent britannique de l’Ecole du Personnel Navigant d’Essai et de Réception (EPNER) qui est basée à Istres et dont est diplômé un certain Jean-François Clervoy.

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LCS N°135 : Dix milliards d’euros pour l’espace européen

  • Nov 27, 2008
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Les Ministres européens en charges de l'espace autour de Jean-Jacques Dordain
Les Ministres européens en charges de l'espace autour de Jean-Jacques Dordain

Sur fond de crise économique, les ministres européens en charge des affaires spatiales ont jeté les bases de la politique spatiale pour les prochaines années, mardi et mercredi dernier. Une augmentation de 21%.

Jean-Jacques Dordain, Directeur général de l’Agence spatial européenne (ESA), peut se féliciter de cette conférence ministérielle tenue à La Haye, puisque ce dernier pensait avoir "bon espoir de récolter plus de 9 milliards d’euros" sur les 10 nécessaires aux programmes de son agence. Il s’agit d’une réelle victoire que n’aurait sûrement pas renié son homologue américain de la NASA, Mike Griffin. Ainsi, ce sont au total 9,95 milliards d’euros qui seront financés. Avec 2,7 milliards d’euros mis sur la table, l’Allemagne devient le premier contributeur de l’Agence, contre 2,3 à la France. L’intégralité de ces 10 milliards s’étalent, bien entendu, pour les trois prochaines années. De 2008 à 2012, la contribution totale de l’ESA à l’ISS sera de 1,37 milliard d’euros, ce qui en fait le programme le plus cher jamais votés par l’Agence spatiale européenne.

L’ISS jusqu’en 2020 ?

L'ISS devient le programme le plus cher jamais finacé par l'ESA
L'ISS devient le programme le plus cher jamais finacé par l'ESA

Mardi matin, un porte-parole de l’ESA a même indiqué que les partenaires de l’agence oeuvraient afin que l’ISS puissent être utilisée au moins jusqu’en 2020. Pour l’Allemagne la Station Spatiale Internationale est une priorité, alors que la France cherche avant tout à moderniser la fusée Ariane V dont les études préparatoires pour la prochaine génération ont permis de récolter 357 millions d’euros. Par ailleurs, avec l’ATV, l’Europe dispose maintenant d’un véhicule susceptible d’être transformé en capsule habitée. Mais ce point ne semble pas figurer au rang des priorités alors qu’il y avait là une réelle opportunité à saisir face à la place bientôt laissée vacante par le retrait des navettes américaines. Rappelons qu’un projet de vaisseau avec équipage, dérivé de l’ATV existe, il s’agit de l’ATV-Evolution - une maquette a notamment été présentée au grand public lors de l’exposition du centenaire du Gifas en octobre dernier. Elle pourrait voler dans un premier temps en mode cargo d’ici 2014 pour acheminer du fret à la Station puis redescendre sur Terre avant un premier vol habité d’ici 2017.

Maquette représentant une Ariane 5 transportant une capsule ATV-Evolution
Maquette représentant une Ariane 5 transportant une capsule ATV-Evolution


François Auque, Président exécutif d’EADS Astrium a d’ailleurs livré son sentiment sur le futur de l’ATV dans une interview accordé au quotidien Les Echos daté du 24 novembre, expose son inquiétude quand au manque de visibilité sur l'après-ATV. Il est donc plus qu’urgent de réagir mais le fait est que tout repose sur une décision politique. Seul l’Allemagne parait avoir fait du vol habité (avec l’ISS) une priorité. Ainsi, Quand la Chine rattrape son retard technologique de manière exponentielle, l’Europe devra vraisemblablement se contenter dans les prochaines années d’un lanceur qui ne répondra plus aux futures demandes, par manque d’anticipation ? Se contentant simplement de lancer dix à douze tonnes de charge utile quand la Chine, elle, pourra lancer des charges avoisinant les quinze tonnes avec sa prochaine génération de lanceur. Quand il faudra de nouveau innover, l’Europe risque de nouveau de se retrouver à péniblement raccrocher les wagons.

Antoine Meunier

 

Sources :  www.lesechos.fr / www.reuters.com / www.esa.int

Photos :  www.esa.int / www.nasa.gov / Antoine Meunier /

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Exomars en question ?

 

Initialement prévue pour 2011, le premier rover martien européen a été reporté à 2013 puis finalement à 2016 suite à une enveloppe budgétaire qui est passé de 650 millions d’euros à plus de 1,2 milliard. Ce qui incluse également le lancement. A l’heure actuelle, des projets de collaboration sont en discussion avec les Russes et les Américains sur ce petit rover capable de forer jusqu’à deux mètres de profondeur dans la surface de Mars. Le projet devrait être finalisé en septembre prochain.

Exomars ne prendra finalement le chemin de Mars qu'en 2016
Exomars ne prendra finalement le chemin de Mars qu'en 2016



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LCS N°134 : Décollage de nuit pour la dernière mission de l’année de la navette

  • Nov 15, 2008
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Décollage de la mission STS-126 dans la nuit
Décollage de la mission STS-126 dans la nuit

Endeavour s’est envolée impeccablement dans le ciel de la Floride hier soir. Sept astronautes étaient à bord pour la dernière mission d’assemblage de l’ISS de l’année.

A la dernière minute, le vol STS-126 a bien failli être annulé parce qu’un membre de l’équipe du pas de tir n’avait pas attaché l’encadrement d’une porte situé près de la navette. Fort heureusement, le problème a pu être résolu et cette mission, qui ne ressemble pas tout à fait aux précédentes, devrait pouvoir se dérouler sans problème. Avec quinze tonnes d’équipements soigneusement arrimés dans les soutes de la navette Endeavour, ce vol va désormais permettre de doubler les capacités d’accueil du gigantesque complexe qui plane au-dessus de nos têtes. A partir de 2009, six astronautes pourront désormais se relayer tous les six mois à bord du gigantesque meccano que constitue l’ISS. Aussi, pour en améliorer ses capacités, la navette emporte notamment le module pressurisé Leonardo (qui redescendra sur la Terre), deux nouvelles cabines destinées au couchage, un second sanitaire, deux nouveaux fours pour la nourriture, un réfrigérateur prévu pour le stockage des aliments ainsi qu’un congélateur et un four qui eux, seront destinés aux expériences scientifiques. Petite nouveauté, un système de recyclage d’urine en eau potable devrait être installé, ce qui préfigure vraisemblablement ce qui se fera sur la Lune et sur Mars lors des prochaines décennies. Lorsque le jour viendra, il sera en effet impossible d’emporter toute l’eau nécessaire à une personne pour une mission martienne. Par ailleurs, au cours de ces deux semaines de mission à bord de la station, quatre sorties dans l’espace sont programmées notamment pour nettoyer le système de rotation d’une des antennes de l’ISS.

Petit changement d’équipage

Largage réussi pour le réservoir extérieur d'Endeavour
Largage réussi pour le réservoir extérieur d'Endeavour

Dirigé par Christopher Ferguson, dont c’était le second vol après STS-115 en septembre 2006, STS-126 va permettre le remplacement de l’ingénieur de vol Greg Chamitoff qui va reprendre le chemin de la Terre après six mois de mission. C’est Sandra Magnus, dont c’est également ici la seconde mission après STS-112 il y a six ans, qui prend sa place.

L'ISS devient le programme le plus cher jamais finacé par l'ESA
L'ISS devient le programme le plus cher jamais finacé par l'ESA

Après deux jours de manœuvres orbitales, Endeavour doit s’arrimer dimanche à 22h13 GMT à la Station. Il s’agit de la 27ème mission d’assemblage de l’ISS depuis 1998. Prochain vol : le 12 février avec cette fois-ci la navette Discovery. La mission de maintenance du télescope spatial Hubble, initialement programmée en octobre devrait avoir lieu en avril.

Antoine Meunier

 

Sources : www.nasa.gov

Photos : www.nasa.gov / nasa / KSC

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LCS N°133 : Nouvelles ambitions lunaires pour la Chine ?

  • Nov 11, 2008
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La première EVA chinoise lors de la mission Shenzou 7
La première EVA chinoise lors de la mission Shenzou 7

Alors que la Chine prépare activement son prochain vol spatial habité, il semblerait qu’un futur rover lunaire soit également sur les rangs. Peut-on envisager de parler d’une future mission habitée par la Chine ?

Alors que la NASA est actuellement en pleine période de doutes, la Chine s’apprêterait à lancer un véhicule lunaire motorisé et automatisé qui pourrait parcourir la surface de notre satellite d’ici 2012. Rappelons que depuis un an, la Chine dispose déjà de sa première sonde avec Chang’e-1 qui tourne depuis un an autour de notre satellite. L’étape suivante consisterait donc en la dépose de ce véhicule. A ce titre, Ju Hehua, professeur assistant à l’Université des Technologies de Beijing a indiqué via l’agence Chine Nouvelle que son pays souhaite lancer un appel d’offres qui interviendra en décembre pour ce premier véhicule lunaire. Selon l’agence de presse, une douzaine d’instituts de recherche se disent intéressés par le contrat dont la valeur est estimée à un milliard de yuans (147 millions de dollars). Ce rover est la seconde phase d’exploration du programme Chang’e dont l’équipe du scientifique aurait terminé l’étude du système de guidage, de navigation et de contrôle dont le futur véhicule doit être doté afin de pouvoir évoluer sur la surface de la Lune. Une première étape avant l’homme sur la Lune ?

Triple rendez-vous dans l'espace

La CZ2-F dans son bâtiment d'assemblage, actuel lanceur du Shenzou
La CZ2-F dans son bâtiment d'assemblage, actuel lanceur du Shenzou

Aujourd’hui, avec l’EVA réussie de Zhaï Zhigang, la Chine démontre qu’elle a un potentiel indiscutable pour que ses hommes effectuent de longs travaux dans l’espace. Et avec un triple rendez-vous orbital en 2011, la prochaine mission habitée du programme Shenzou s’annonce tout à fait ambitieuse. En effet, afin de pouvoir réaliser sa propre station, la Chine doit pouvoir réaliser des accostages autour de la Terre. Pour 2011, la Chine prépare sa quatrième mission habitée qui doit lui permettre d’acquérir la maîtrise des rendez-vous habités. Pour se faire, un petit laboratoire baptisé Tiangong-1 sera placé sur orbite. De forme cylindrique, il disposera de deux ports d’amarrage. Il sera rejoint en automatique par Shenzou 9 (rempli d’expériences et pouvant, si besoin, servir de véhicule de secours pour les taïkonautes). Ensuite, Shenzou 10 devrait aborder l’ensemble pour un rendez-vous avec un équipage à bord. Cette mission pourra intervenir dans trois ans. Il est intéressant de noter que les différents éléments de ce premier complexe spatial chinois vont être mis orbite par une nouvelle fusée ; la CZ-2F/G qui possède une capacité de charge utile accrue par rapport à la CZ-2F (11,2 tonnes d’après certaines sources mais cela reste encore à confirmer). Pour le lancement du Tiangong-1, la tour de sauvetage sera retirée et la fusée présente également un diamètre supérieur à celui de la CZ-2F. Voilà pour la première étape de ce qui préfigure vraisemblablement la future station spatiale chinoise car avec le futur lanceur lourd CZ-5, ce sont des modules de vingt-cinq tonnes qui pourront être mis en orbite. Il est donc encore trop tôt pour parler d’une quelconque mission habitée sur la Lune qui pourrait décoller de la Chine. Cette fusée devrait, en principe, être opérationnelle à partir de 2014.

En 2011, la Chine doit amarrer Shenzou et un module orbital
En 2011, la Chine doit amarrer Shenzou et un module orbital

Spéculation et possibilité

Il convient d’être particulièrement prudent lorsqu'on aborde le thème de la mission humaine vers la Lune car les officiels chinois n’ont avancé aucune date sur ce point. Cependant, il semble acquis que la Chine enverra des hommes vers notre satellite d’ici la fin de la prochaine décennie. Aussi, comment pourrait procéder la Chine pour réaliser un futur train lunaire ? La première base de comparaison que nous ayons est bien entendu la fusée géante Saturn V du programme Apollo, capable d’expédier 140 tonnes en orbite basse autour de la Terre. Ce qui comportait l’étage supérieur SIV-B, le module lunaire et l’ensemble CSM*. Une seule fusée servait pour tout envoyer vers notre satellite. Avec Ares I et avec Ares V, les Etats-Unis vont donc utiliser deux lanceurs dans le cadre du programme Constellation. Avec la CZ-5, la Chine sera obligée de réaliser un lancement modulaire comme pour sa future station qui pourrait voir le jour d’ici les dix prochaines années. Mais serait-il possible que la Chine décide d’assembler directement son train lunaire sans passer par la case « station spatiale »? Cette option peut paraître irréaliste mais c’est une possibilité que l’on ne peut pas écarter. Justement parce que la Lune est son objectif à long terme et pas forcément pour y faire atterrir un ou deux hommes car les paramètres d’un alunissage sont extrêmement précis et n’ont été à ce jour réalisés que par six équipages. Il serait plus réaliste de penser que d’ici quelques années, plus vraisemblablement vers la fin de la prochaine décennie, la Chine envoie son premier équipage pour un voyage en circumlunaire à des fins scientifiques et dont la portée serait bien sur hautement politique. Envoyer un équipage orbiter autour de la Lune est un gage de suprématie politique et technologique que les Etats-Unis avaient parfaitement intégré en 1968. Nos parents se souviennent encore probablement des vœux d’Apollo 8 au soir de Noël 1968…

Une suprématie désormais contestée ?

Ainsi, plusieurs éléments pourraient donc jouer en faveur d’un potentiel vol circumlunaire chinois. En 2007, le journaliste Philippe Coué rapporte dans son ouvrage La Chine veut la Lune, une information plutôt étonnante : le système de navigation d’Apollo 8 a fait l’objet d’un article en 2003 dans le journal chinois Missiles and Spaces Vehicles. Plus récemment, l’Administrateur de la NASA Mike Griffin a laissé entendre, dans une interview livrée au mensuel Ciel et Espace d’octobre 2008, que la Chine avait les moyens techniques et humains d’arriver sur la Lune avant les Etats-Unis. Des propos qu’il avait précédemment tenus dans une interview accordée à la BBC.

Bien qu’il soit encore trop tôt pour évoquer une quelconque avance de la Chine, la NASA étudie quand même depuis janvier 2007 un lanceur intermédiaire entre l’Ares I et l’Ares V : l’Ares IV. Il comporterait l’étage inférieur de la fusée Ares V et de l’étage supérieur de l’Ares I. La capacité de cette fusée serait de 41 tonnes en orbite basse (LEO). Toutefois, rien n’est encore décidé quant au devenir de ce lanceur et la NASA a décidé de le garder « pour plus tard ».

La possibilité d’un vol habité Chinois autour de la Lune est donc probable même si pour le moment rien n’est encore amorcé. Si un Shenzou suivait un vol sur un mode type « Apollo 8 », il ne risquerait rien car il accomplirait une sorte de huit à l’échelle interplanétaire et se placerait automatiquement sur une trajectoire de retour vers la Terre.

Maintenant de quoi aurait besoin la Chine pour une mission de ce type ? Dans un premier temps, maîtriser le rendez-vous orbital. Les éléments nécessaires à la construction du train lunaire peuvent ensuite aisément être acheminés à l’orbite via la fusée CZ-5. Et c’est justement là que la maîtrise du rendez-vous automatique prend toute sa signification avec l’essai de rendez-vous entre le Tiangong-1 et le Shenzou 9 car ce type de mission pourra être répété en vue d’un possible assemblage d’un train lunaire d’ici une dizaine d’années.

Ainsi, prenons un instant pour hypothèse l’assemblage d’un train lunaire à partir d’au moins deux tirs de fusées CZ-5 en orbite terrestre dans une configuration de vingt-cinq tonnes par lancement en LEO.

-         Un premier lancement est effectué pour envoyer sur orbite l’étage d’insertion lunaire.

-         Un second tir de CZ-5 a lieu avec le Shenzou équipé de l’étage de retour.

Une fois l’assemblage orbital du train, l’injection sur une trajectoire lunaire est réalisé. Après s’être libéré de l’attraction terrestre, l’étage d’insertion est largué à l’instar du vaisseau Apollo 8, qui se débarrassait de l'étage SIV-B la Saturn V, et le train se met ensuite en orbite pour une série d’observations. Ensuite, le vaisseau entame son voyage de retour avec son étage de retour qu’il largue pour le retour.

Bref, la Chine pourrait donc être à même de devancer les Etats-Unis d’ici une  dizaine d’années (sans compter les inévitables retards inhérents à un programme spatial) ou de faire jeu égal. Mais qui peut réellement dire lequel sera réellement le premier à franchir la ligne d’arrivée dans cette course ?

Antoine Meunier

 

Sources : www.xinhuanet.com/ www.flashespace.com/www.reuters.com/ www.sinodefence.com / www.wikimedia.org / www.capcomespace.net

A la conquête de la Lune, Jacques Villain (1999, éditions Larousse)

La Chine veut la Lune, Philippe Coué (2007, A2C Médias)

A la recherche d’une vie sur Mars, Albert Ducrocq (1976, Flammarion)

Photos : China TV

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* CSM : Command and Service Module : Module de commande et de service ( les deux parties du vaisseau Apollo)

 

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LCS N°132 : Revue de détails STS-122

  • Oct 26, 2008
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Cette photo montre l'ajout de Colombus pendant le vol STS 122
Cette photo montre l'ajout de Colombus pendant le vol STS 122

Les astronautes Léopold Eyharts et Michel Tognini ont rencontré la presse le 23 octobre dernier au siège du CNES. L’occasion de revenir sur l’installation du laboratoire Colombus sur l’ISS, qui a eu lieu lors du vol STS-122, et de faire un premier point sur la nouvelle sélection d’astronautes actuellement en cours à l’ESA.

Initialement programmée début décembre 2007, STS-122 a finalement décollé le 7 février 2008, avec sept astronautes à bord pour rallier la station. Un problème sur les capteurs  du réservoir externe de la navette Atlantis avait en effet retardé le vol de presque deux mois. Durant sa présentation, Léopold Eyharts est revenu sur l’arrimage du laboratoire Colombus, principale contribution de l’Europe dans l’ISS, et pour lequel Léopold Eyharts a séjourné deux mois en orbite (7 février au 27 mars 2008). Si son collègue allemand Hans Schlegel n’a malheureusement pu effectuer la première EVA prévue pour la jonction du module européen, il n’en demeure pas moins que la mission à laquelle a pris part l’astronaute français fut d’une incroyable densité avec l’arrivée de Colombus et celle du premier segment de Kibo, la partie japonaise de la Station. Léopold Eyharts est bien évidemment revenu sur l’activation des baies expérimentales de Colombus.

Deuxième phase

Leopold Eyharts au travail dans le laboratoire Destiny
Leopold Eyharts au travail dans le laboratoire Destiny

Par ailleurs, durant trois semaines, les premières expériences ont ensuite démarré notamment sur la physique des fluides, des sciences cognitives ou encore la croissance des plantes. Pour ce dernier point, il n'est pas exclu que les résultats des expériences soient un jour exploités pour de futures missions lunaires vers les années 2020. Mais dans l’immédiat, les astronautes vont bien évidemment continuer de voler vers l’ISS dont l’exploitation devrait perdurer vraisemblablement jusqu’en 2018 voire même 2020.

A ce sujet, Michel Tognini, patron du Corps Européen des Astronautes (EAC), a d’ailleurs précisé que la sélection actuelle des prochains se poursuivait. La plupart des plupart des profils avait un niveau doctorant de type dont l’âge s’étalait de 26 à 44 ans. Lors de l’ouverture des candidatures, près de 8400 candidats ont passé avec succès la visite médicale puis 980 ont franchi le premier test cognitif. 193 sont actuellement retenus pour les tests de groupe qui auront lieu en novembre. Les examens médicaux doivent se dérouler en janvier 2009.

Antoine Meunier

 

Photos : www.nasa.gov

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LCS N°131 : Chandrayaan en route vers la Lune

  • Oct 22, 2008
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Certains éléments de Chandrayaan sont européens
Certains éléments de Chandrayaan sont européens

L’Agence spatiale indienne (ISRO) a lancé aujourd’hui avec succès, à l’aide d’une fusée PSLV, son premier engin automatique vers notre satellite.

L’Astre des nuits est décidément l’objet de toutes les convoitises. Après le lancement réussit de Chang’e 1 par la Chine, l’an dernier, c’est donc son voisin qui se lance à son tour dans la « course à la Lune » en envoyant cette petite sonde de 80 millions de dollars à 400 000 mille kilomètres de la Terre dont certains éléments ont été réalisés en collaboration avec l’Agence spatiale européenne dont le spectromètre à infrarouge SIR2. En comparaison, Chandrayaan fait figure d’engin plutôt bon marché à côté de la sonde japonaise Kaguya  dont le coût atteint pour sa part les 187 millions de dollars. Selon Madhavan Nair, président de l’Organisation de recherche spatiale indienne (ISRO), «c'est un moment historique pour l'Inde». Après la Russie, les Etats-Unis, l’Europe, le Japon et la Chine, l’Inde entre donc dans le club des puissances spatiales qui ont lancé un vaisseau vers la Lune.

Durée de la mission : en principe deux années au cours desquelles Chandrayaan devra détecter d’éventuelles présences d’eau, des minéraux ainsi que des substances chimiques sur notre satellite. L’Helium 3 ferait également partie des objectifs.

Une première étape

Le spectomètre SIR2 devra analyser la composition géologique de la Lune
Le spectomètre SIR2 devra analyser la composition géologique de la Lune

Le programme spatial de l’Inde se veut ambitieux car, on le sait, le pays souhaite à son tour accéder au club des puissances capables d’envoyer un homme dans l’espace d’ici le milieu de la prochaine décennie. L’an dernier, une capsule avait  même été satellisée avant d’être récupérée sur Terre. Mais le pays affiche maintenant clairement d’autres ambitions : aller sur la Lune d’ici 2020. Un pari qui semble difficile à tenir pour un pays dont l’expérience spatiale reste, pour le moment, limitée à l’envoi de satellites. A ce titre, en début d’année, l’Inde a notamment lancé un satellite espion pour Israël destiné à surveiller les installations nucléaires de l’Iran.

Bien que démarré en 1963, le programme spatial Indien n’a connu son essor qu’avec la mise en orbite de son premier satellite en 1980. Il semble donc difficilement envisageable que l’Inde puisse envoyer un homme tourner autour de la Lune d’ici les années 2020 avant, dans un premier temps – comme c’est le cas pour la Chine -, de pouvoir maîtriser le vol habité.

Antoine Meunier

 

Sources : www.reuters.com / www.afp.com / www.ap.com

Photos : www.esa.int

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LCS N°130 : Une réussite populaire

  • Oct 16, 2008
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Nez du Goliath Forman, premier avion de ligne mis en service en 1918
Nez du Goliath Forman, premier avion de ligne mis en service en 1918

Achevée dimanche dernier, l’exposition fêtant les cent ans du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales aura attiré près de deux millions et demi de personnes selon le Gifas.

A n’en point douter, l’aéronautique et l’espace sont deux domaines qui continuent inlassablement de faire rêver des milliers de personnes. Et le public ne s’y est pas trompé même si, lors du premier week-end la météo fut capricieuse avec des rafales de vent et des averses qui n’ont pas découragé les amoureux des machines volantes. Petits et grands se succédaient devant le Rafale, la maquette du drone Neuron, devant le prestigieux Goliath Farman, premier avion de ligne (l’ancêtre du futur avion spatial d'Astrium  ?) ou encore devant la maquette de l’ATV-Evolution, dérivé de l’actuel vaisseau cargo européen qui pourrait un jour devenir la première capsule habitée européenne. Un succès pour le public mais également pour l’industrie car il n’est parfois pas évident de mettre à la portée du grand public une technologie de pointe, quelle qu’elle soit, et qui peut parfois paraître très élitiste. Mais la magie aidant et le cadre de l’exposition auront su faire le reste.

Fluidité

Maquette représentant une Ariane 5 transportant une capsule ATV-Evolution
Maquette représentant une Ariane 5 transportant une capsule ATV-Evolution

Côté mise en scène, l’avenue des Champs Elysées aura été particulièrement bénéfique pour la scénographie. En effet, la disposition des allées aura permis aux pavillons de se vider de manière rapide pour le public évitant les embouteillages dans les différents pavillons. Et puis surtout, il est vrai que cette exposition n’était relayée par aucun média ce qui rend son succès d’autant plus exemplaire mais n’est-ce pas là finalement le propre de la réussite d’une manifestation qui se veut avant tout populaire. Un regret peut-être ? Oui, un quand même. La place accordée à l’espace aurait méritée d’être un peu plus généreuse.

Antoine Meunier©

L'avion spatial d'Astrium. Peut-être un premier vol  en 2012
L'avion spatial d'Astrium. Peut-être un premier vol en 2012
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