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Les derniers secrets de Mars
Il y a trois semaines, la NASA a annoncé son plan de retour sur la Lune avec l’arrivée d’un premier équipage à l’horizon 2020, puis l’installation d’une base permanente qui sera opérationnelle dès 2024. Dans le même temps, l’Administration spatiale américaine déclarait officiellement la perte de la sonde Mars Global Surveyor après neuf années de bons et loyaux services. Or, dans l’intervalle, des scientifiques du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de Pasadena annoncent que de l’eau s’écoulerait encore à la surface de Mars grâce à des clichés pris justement par MGS. Ces écoulements localisés dans Terra Sirenum se seraient produits entre 2001 et 2005. La première publication de ces résultats spectaculaires apparait dans le numéro du 8 décembre de la revue Science*. Il est en effet possible qu’il s’agisse d’écoulements de sable mais les photos sembleraient plaider plus en faveur de la thèse de l’eau. C’est un premier point.
Second point : dans un récent communiqué de l’ESA, les responsables de la sonde européenne Mars Express ont indiqué l’existence d’un sous-sol totalement inattendu. Cette découverte est à mettre au crédit du radar MARSIS équipant la sonde. Ainsi, des cratères d’impact sont enfouis sous les plaines de l’hémisphère nord de Mars, leur diamètre variant entre 130 et 470 kilomètres. Les résultats de ces observations sont publiés dans l’édition du 14 décembre de la revue Nature. La technique appliquée, pour sonder les entrailles de Mars, utilise les échos renvoyés par des ondes radio ayant pénétré à l’intérieur du sous-sol martien. Depuis plus de 40 ans, Mars la Rouge va peut-être livrer ses secrets. De par ses deux découvertes (dont la seconde paraît maintenant acquise), les scientifiques commencent à disposer d’arguments supplémentaires pour accentuer la présence d’instruments de mesures sophistiqués à la surface de la planète.
Un programme dans une mauvaise voie ?
Alors posons-nous cette question : allons-nous dans la bonne direction en retournant d’abord sur la Lune ? Les récentes observations faîtes par les astronomes d’Arecibo sont venues infirmer la présence d’eau sur notre satellite. Si l’on peut se féliciter de l’installation d’une base permanente sur la Lune notamment pour son exploration, il serait sans doute plus approprié d’accentuer les efforts d’exploration planétaires vers Mars. Dans cette perspective, envoyer des hommes procéder à une exploration plus approfondie paraît plus prometteuse car aussi puissants et sophistiqués que sont les robots, l’homme reste le capteur que nous n’avons pas inventé. Des forages menés à grande profondeur par une équipe sur place permettraient d’en apprendre davantage. Le risque avec la Lune comme première étape est une nouvelle fois d’enliser le programme spatial et de repousser l’exploration humaine de Mars vers le milieu du siècle. Même si le programme Constellation est déjà engagé, il est toujours possible de le réorienter car en évitant Mars nous pourrions passer à côté d’un objectif majeur. D’ailleurs, le New York Times dans son édition de mercredi s’interroge « Pourquoi la Lune et par Mars ? »** et fait état de la découverte de Mars Global Surveyor. Si Mike Griffin, le patron de la NASA a su imposer ses vues, il dispose de moins de deux ans avant l’élection présidentielle pour proposer que l’effort spatial s’oriente vers Mars. A l’image de la sonde New Horizons en route pour survoler Pluton et explorer la Ceinture de Kuyper dans dix ans, il y a là une chance qu’il serait inacceptable de laisser passer.
Antoine Meunier
Sources : NASA, JPL, ESA
Crédits photos : NASA/JPL
* Publié par Michael Malin, opérateur de la caméra Mars Orbiter de MGS, dans la revue Science du 8 décembre.
**A lire également, l’article du Figaro du 18/12/06 « La Nasa a de bonnes raisons de retourner sur la Lune » par Cyrille Vanlerberghe.
STS-116 : une mission déterminante pour la suite du programme ISS
Ce vol de navette est probablement l’un des plus importants du programme ISS puisque de nouveaux panneaux solaires ont été installés. A cette occasion, l’Europe, dans le cadre de la mission « Celsius », a envoyé pour la première fois dans l’espace un astronaute suédois, Christer Fuglesang. Un homme patient qui a intégré le corps des astronautes de l’ESA en 1992. Doublure de Thomas Reiter en 1995 pour la mission EuroMir-95, Fuglesang a attendu jusqu’à maintenant avant de pouvoir voler. Dans sa soute, Discovery emporte notamment les panneaux solaires P5 qui seront raccordés au jeu P4. A ce titre, Fuglesang va participer à deux des trois EVA prévues dans le cadre de cette mission d’assemblage particulièrement délicate. Pour l’astronaute Européen, il s’agissait, entre autres, de participer au transfert des panneaux solaires installés sur le module Destiny jusqu’à la partie bâbord de la Station Spatiale. « Christer est en train de prendre part à une mission importante pour le développement des capacités de la Station », a déclaré Daniel Sacotte, Directeur des vols habités de l’ESA dans un communiqué de l’Agence Spatiale Europénne.
2007, quand l’ISS s’agrandit
En effet, c’est en juillet prochain que sera lancé le premier module de ravitaillement ATV (Automated Transfert Vehicle) vers l’ISS). Baptisé Jules Vernes, ce vaisseau est le premier d’une série de huit exemplaires qui doit ravitailler le complexe orbital à l’instar du Progress russe. Jules Vernes sera lancé par une Ariane V en version 10 tonnes. C’est aussi à la fin de l’année 2007 que sera raccordé à la Station Spatiale Internationale le module scientifique Columbus. Cette mission sera dévolue à l’astronaute allemand Hans Schlegel qui a participé à la mission STS-55 (Spacelab D-2) en 1993. L’ATV et Columbus forment les deux contributions majeures de l’Europe à l’ISS.
Il est clair que la mission Celsius, qui s’achèvera le 21 décembre, revêt donc un caractère important puisque l’adjonction de ce nouveau jeu de panneaux solaires permet l’extension de la station spatiale. La totalité des vols navette de l’an prochain est ainsi consacrée à l’arrivée de modules supplémentaires. Il ne faut pas oublier cependant que la finalisation du laboratoire orbital reste avant tout suspendue à la fiabilité de la navette et particulièrement au réservoir externe dont la mousse isolante a endommagé le bouclier thermique de Columbia et provoqué le drame de 2003. Michael Griffin, l’Administrateur de la NASA, reste prudent mais il est curieux de constater une certaine fébrilité dans la mise en place des missions. Mais l’Administration spatiale américaine n’entend prendre aucun risque et n’hésite pas à retarder un vol (ce fut le cas pour STS-115 avec Atlantis en septembre dernier) si toutes les conditions de sécurité ne sont pas réunies. La sécurité des astronautes doit passer avant tout. Toutefois, il faudra encore 13 vols d’ici 2010 (aujourd’hui presque à moitié achevée) avant que ne s’achève la construction de ce complexe dont la construction fut décidée sous la présidence de Ronald Reagan. Et encore 4 ans avant qu’Orion ne soit opérationnel laissant pour la première fois les Etats-Unis sans vaisseau spatial depuis 35 ans et ce, durant quatre années…
Antoine Meunier
Sources : ESA, Reuters