LCS N°114 : Réalité virtuelle et tourisme spatial = espace pour tous ?
La deuxième notion fait rêver beaucoup de gens mais reste pour le moment réservé à une caste de privilégiés. La réalité virtuelle pourrait en effet ouvrir des perspectives intéressantes.
Le 4 juillet 1997, la sonde Mars Pathfinder réussissait brillamment son atterrissage sur la surface de la planète Mars. Pour la première fois depuis plus de deux décennies, un engin automatique reprenait contact avec la planète rouge. Dans le même temps, on enregistra un record de connections sur le site du Jet Propulsion Laboratory. Près de vingt millions d’internautes avaient tenu à connaître le sort de Mars Pathfinder et de son petit rover, le Sojourner. Ce faisant, c’est pratiquement en direct (n’oublions pas le délai de transmission) que les terriens découvrirent les images des sables de mars. La NASA avait parfaitement orchestré les choses pour en faire un authentique show médiatique. Mais il y a dix ans, la transmission n’autorisait pas un débit aussi rapide que maintenant. L’ADSL ne faisait pas encore partie de la vie de tous les jours. Désormais, c’est une chose aussi banale que de passer un coup de téléphone longue distance. A propos de longue distance ne serait-il pas envisageable de mettre Monsieur-tout-le-monde dans la peau du futur robot qui arpentera la Lune ou la surface oxydée de Mars ?
Impliquer le public ?
Si l’on veut que le public s’intéresse aux vols spatiaux habités, il faut impérativement l’impliquer. C’est peut-être enfoncer une porte ouverte que déclarer une telle chose mais il n’est pas aussi évident d’y arriver. L’Internet peut être une solution envisageable. Comment ? Tous les sites des grandes agences proposent déjà des photos et vidéos des différentes missions spatiales, qu’il s’agisse des rovers MER ou encore de la mission Cassini. Allons un peu plus loin maintenant. Dans son ouvrage paru en 1999, Alain Dupas proposait d’embarquer des passagers pour un « véritable » voyage à la surface de la Lune. Les images projetées sur écran ne seraient pas des simulations mais de véritables prises de vues à la surface de notre satellite en temps réel. Transposons cela sur Mars. Compte tenu du délai de transmission, cela ne pourrait être fait qu’en différé mais cela offrirait déjà au public la possibilité de découvrir « Mars sur Terre » sans bouger. Une telle attraction attirerait sans doute le public sans trop de difficulté.
Un tourisme virtuel
Autre aspect important ; la réalité virtuelle. Ce type de système progresse très rapidement. Au cours d’une mission habitée, une personne équipée des mêmes capteurs et lunettes de réalité virtuelle pourrait interagir avec un rover moyennant une formation de base pour une somme modique (la généralisation des payements sur Internet étant maintenant presque inéluctable). Voilà qui pourrait être une source intéressante de financement public pour une mission. Au même titre qu’un logiciel utilitaire ou de simulation type « Flight simulator ou « Orbiter », il ne resterait plus qu’à commercialiser ledit logiciel. Une société mandatée par une des agences spatiales en charge du futur programme martien habité pourrait tout à fait s’occuper de cette mission. (Dans le même ordre d’idées, la Nasa a chargé en 2006 la société Rocketplane de plancher sur un moyen de rallier l’ISS à moindre coût).
Le recours à de tels systèmes existe déjà notamment au Futuroscope de Poitiers avec l’attraction Les animaux du futur. Les passagers de cette équipée sont embarqués pour un voyage ou ils interagissent directement avec un environnement virtuel. En branchant les systèmes périphériques adéquats équivalent sur son ordinateur, l’internaute ne serait plus le simple spectateur du travail des astronautes sur Mars, il pourrait également être un acteur et comprendre ce qui se passe à la surface de la planète rouge. Se pose tout de même un problème : le vaisseau reste limité en charge utile donc en masse. Le robot dédié aux internautes devra nécessairement être petit. D’aucuns penseront que les propositions proposées dans cet article ne sont que pures conjectures et spéculations. Pourtant, comme nous venons de l’évoquer, si la réalité virtuelle peut équiper un parc d’attractions, elle pourrait vraisemblablement se généraliser dans les prochaines décennies. Alors pourquoi ne pas faire interagir public et astronautes entre eux. Le futur équipage martien pourrait donc fort bien ne pas être seul à la surface de la planète rouge. N’y-a-t-il pas là une forme de tourisme spatial virtuel à exploiter ? Voilà un bon sujet d’étude pour les informaticiens du programme Constellation.
Antoine Meunier
Sources
Une autre histoire de l’Espace (Alain Dupas, éd Gallimard 1999)
Pour l’attraction du Futuroscope, voir www.lesanimauxdufutur.com
Crédits : JPL/ NASA / ESA
Contacts
http://lachroniquespatiale.vox.com
ajmeunier@club-internet.fr
Tél.06 14 92 55 06
En bref…
J-2 pour Phenix qui doit se poser sur le sol martien. La sonde partie depuis dix mois se prépare pour sa rentrée qui aura lieu dans la nuit de dimanche à lundi. A cette occasion, la Cité des Sciences de Paris organise une grande soirée entre 20h30 et 3h du matin pour suivre en direct l’arrivée de ce petit vaisseau d’une masse 350 kilogrammes dont 55 d’instruments scientifiques. C’est vers 23H31 GMT que débutera la face critique de rentrée, l’atterrissage devant intervenir sept minutes plus tard sur la surface de Mars. Compte tenu du délai de transmission, il faudra attendre quinze minutes pour recevoir le signal radio confirmant que tout va bien, soit à 23h53 GMT.
Comments
Je pense que beaucoup d'internautes seraient prêts à payer 40 ou 50 euros pour assister à ce type d'évènements.
Si l'on se projette dans 20 ou 30 ans et que l'on applique ce concept aux voyages habités sur Mars,cela pourrait apporter un début de solution pour lutter contre l'ennui et l'isolement dont risquent de souffrir les astronautes.
j'espère que des solutions vont être trouvées pour atténuer les inquiétudes des futurs explorateurs à travers les expériences en cours dans une station météo polaire et dans la réplique enterrée d'un vaisseau spatial.
Je pense que les solutions techniques pour aller sur Mars sont à portée de mains,c'est le facteur humain qui risque de poser le plus de difficultés.